Modoscopie | L’art contemporain, le luxe et la mode

Résumé de la table ronde du 23 octobre à l’IFM

Participants: Elsa Janssen, responsable du pôle Art et Création aux Galeries Lafayette, Lorraine Audric, professeur à la Parsons School, Caroline Champion, spécialiste des relations entre art, mode et haute-cuisine, Émilie Faïf, scénographe-plasticienne, Alexandra Fau, journaliste et critique pour différentes revues d’art contemporain, Christophe Rioux, professeur d’économie.

Transversalité entre art, luxe et mode

Emilie Faïf- Les relations entre l’art et les métiers du luxe apportent à l’artiste concerné une visibilité qu’il n’aurait pas au sein de son atelier, mais aussi des budgets et des matériaux qui lui seraient difficilement accessibles.

– Certaines marques sont sincères (ex: Issey Miyake, Comme des Garçons, Hermès..) et prennent du temps pour faire comprendre leur univers à l’artiste invité. Mais elles conservent un désir de maîtrise sur ce qui va sortir, elles demandent avant tout un produit (politique communicante).

– D’autres marques comme Isabelle Marant cherchent moins à maîtriser le travail de l’artiste et veulent comme résultat de la collaboration laisser passer un sentiment, une émotion.

Alexandra Fau, Lorraine Audric- Plusieurs grandes maisons ont été contactées, afin de avoir comment elles collaboraient avec les artistes, existe-il une réelle connivence ou est-ce un énième logo appliqué ?

– Ces maisons ne semblent pas chercher les jeunes talents (peur ?), il n’y a pas d’investigation, on retrouve toujours « les » Richard Prince, Nan Goldin, Erwin Wurm… Il y a uniquement le désir d’augmenter la cote de l’objet mis en vente.

– Cela correspond à la recherche d’artistes « compatibles », c’est-à-dire qui ont une démarche esthétique cohérente avec la maison et ce qu’elle souhaite donner comme image.

– On observe un effet Matthieu dans le choix des artistes. On assiste a un phénomène de starification, on multiplie les passerelles avec une prime à la célébrité. Pour valoriser des produits on va chercher la superstar (Nan Goldin…)

Caroline Champion- Les relations entre art et mode ont fondamentalement changé durant le siècle passé, si l’on se réfère aux deux citations ci-dessous:

– La relation entre art et mode n’est pas naturelle pour Madeleine Vionnet: « La couture c’est du commerce, quand on parle d’un artiste on parle d’une personne, mais quand on parle d’un couturier on parle d’une maison de couture, c’est commercial. »

et

– Pour Jean Louis Dumas, ex PDG d’Hermès, le rapprochement semble évident: « Si je ne craignais pas d’apparaître prétentieux, je nous comparerais a un artiste peintre, on ne dit pas que Picasso a marqué un tableau on dit qu’il l’a signé, nous partageons cette notion de dignité de l’oeuvre »

 

L’apport de l’art contemporain aux marques de luxe ?

Christophe Rioux- Un échange du type potlach: où l’on attend une réciprocité, ce sont des échanges rarement desintéressés.

– Contexte de fond économique: le luxe et l’art sont intégrés dans le mouvement des industries de la création.

– Il y a une convergence généralisée des lieux du luxe et de l’art contemporain, il se crée un tourisme-nomadisme artistico-luxueux: « là où va le luxe, va l’art »

– En marketing l’enfant de la fusion entre monde de l’art et du marketing s’appelle artketing.

 

Takashi Murakami avec Louis Vuitton

– Agit dans les deux sens : il à créé des « produits » et a ensuite intégré ces produits dans ses expositions (y compris muséales) jusqu’à y mettre une véritable mini boutique Louis Vuitton, créant par la même un mini scandale…

– La stratégie pour les marques est de monter en gamme, remonétiser en prenant un nom connu de l’art contemporain ou du design. Cela apporte à la marque une singularité, un caractère unique, celui du créateur solitaire.

 

Du destin de l’art: mieux vaut collaborer avec ces marques de luxe ou être pillé ? Y-a-t-il un phénomène de récupération ?

Lydie Valentin- Il y a une légitimation créative des maisons de luxe et de mode lorsqu’elles font appel a des artistes contemporains.

– Processus de récupération et de copier-coller: les cabinets de tendance semblent beaucoup s’inspirer de l’art contemporain afin d’identifier des axes et des pistes de création.

– Glissement de l’artiste vers le créatif. Il y a une évolution patente des créatifs vers le statut d’artistes a part entière (cf. Hussein Chalayan qui fait régulièrement des expositions dans des lieux d’art).

– Les artistes contemporains sont-ils dans une tendance de création pour valoriser leur travail ?

– Il y a une inspiration mutuelle, un phénomène d’échange permanent.

Vitrine de la boutique d’Isabel Marant par l’artiste Emilie Faïf (à droite sur la photo)

« L’art doit rester l’art, la mode doit rester la mode »

Elsa Janssen- les artistes sont enthousiastes à l’idée de mettre en scène des vitrines, de travailler dans des espaces différents de leur atelier, de faire de nouvelles rencontres, d’avoir à faire à de nouvelles contraintes, de développer des connivences avec d’autres marchés, de développer des projets innovants, d’avoir accès à des matériaux difficilement accessibles, d’avoir une relation qui s’enrichit.

– Les entreprises privées créent de plus en plus de fondations, dans lesquelles de moins en moins de conservateurs vont diriger. Elsa Janssen souhaite que l’autonomie de ces lieux demeure afin de pour faire avancer l’histoire de l’art.

 

Statut de l’objet

– L’objet est une œuvre en tant que tel, un sac Hermès est un investissement que l’on peut transmettre à ses descendants comme une oeuvre d’art.

– On créé des produits de plus en plus hybrides : les produits de luxe ont tendance a devenir des œuvres d’art et inversement.

– Le luxe est engagé dans un processus de démocratisation, les produits sont de moins en moins anomaux (moins fortement symbolique et perdant leur fréquence d’achat plus rare, opposé à banal).

Caroline Champion- Lorsque les designers culinaires font des performances, est-on en présence d’un produit dérivé de l’art contemporain ou est-on du coté du design ? Les problématiques de rentabilité, de reproductibilité de l’œuvre sont difficiles dans le cadre d’une performance.

– Il se développe une économie du fétiche (correspondrant à la valeur symbolique des choses) afin de valoriser une production par comparaison avec l’art qui lui est doté d’un réel pouvoir symbolique.

Mécénat et destin de l’art

– Les industries du luxe (Pinault/Arnaud) ont un quasi-monopole sur le financement d’un grand pan de la culture et de l’art contemporain. Sans elles il n’y aurait pas toutes ces manifestations culturelles.

– Vu le marché concurrentiel féroce dans lequel les choses évoluent et bien que ce soit une logique qui a toujours existé, jusqu’à  quel point y a-t-il aliénation ?

– Comme ces industries deviennent des sources de financement incontournables cela favorise-t-il les artistes luxo-compatibles, les artistes d’affaires?

– On assiste à l’émergence de produits pop (post Warhol, post Duchamp). Des artistes comme Takashi Murakami ou Richard Prince entretiennent une relation étroite avec cette logique, mais gageons que les artistes aient suffisamment d’indépendance pour ne pas sombrer dans ce schéma.

– ex: Wim Delvoye et Sylvie Fleury ont ils conservé leur pouvoir critique ?

Qu’attend-t-on de l’artiste ?

– Qu’il soit un partenaire, comme une entreprise ?

– Certains artistes fonctionnent comme des PME.

– Aujourd’hui un étudiant en art préparant son Master s’imagine comme un futur Takashi Murakami habillé en Prada. Il fait un exposé sous Powerpointâ„¢ avec des visuels en 3D présentant l’oeuvre qu’il va produire dans 6 mois et qui tiendra compte des contraintes du marketing !

L’art contemporain tend vers les industries de la mode, l’inverse est-il vrai ?

– Ce mouvement prophétisé par Andy Warhol existe et va se renforcer; les musées deviennent des grands magasins et inversement.

– Giorgio Armani veut que son flagship de la Ve avenue soit un Guggenheim.

Pourquoi l’art fait vendre depuis 20 ans ? Pourquoi l’art est-il un luxe ultime ? Pourquoi les industriels-commercants se saisissent de l’espace de l’art pour créer un imaginaire qui attire de plus en plus ?

– On a vécu l’intensification du phénomène d’esthetisation de la marchandise, le beau est partout, une machine a café, un aspirateur se doivent d’être beau. L’industrie du luxe et de la mode ont besoin de retrouver une aura pour éviter la banalisation (effet Canada Dry).

– Symétriquement on a vécu une marchandisation de l’art et de la culture.

– Les codes des maisons de luxe sont copiés par « les » H&M et consorts.

– L’effet camouflage consiste à inviter des créateurs une fois par an pour masquer une non-créativité. Rem Koolhaas pour créer le batiment de la télévision chinoise(!) ou Karl Lagerfeld, Sonia Rykiel, Alber Elbaz pour H&M.

– Il est alors intéressant d’observer le développement stratégique de LVMH rachetant Maje et Sandro afin de créer un luxe populaire, populuxe (?)

– Le luxe et la mode vont vers l’art contemporain afin de retrouver un ré-enchantement (la religion esthétique) de la marchandise, le shopping devenant un acte culturel.

Bibliographie

  • La bande son de l’art contemporain, Bernard Lamarche-Vadel
  • Hors-d’œuvre, Essai sur les relations entre arts et cuisine, Caroline Champion
  • Les écrits de la sociologue Nathalie Heinich, qui a travaillé sur la notion d’artiste de l’antiquité à nos jours.
  • Les cahiers des universités du luxe (du 5 octobre 2010), abcluxe.com
  • Voyager avec Christophe Colomb, recueil de textes de Karl Marx publié par Louis Vuitton…
  • Les écrits de Raymonde Moulin
  • L’oeuvre d’art et ses significations, Erwin Panofsky
  • Art contemporain: le concept, Samuel Zarka
  • L’art a l’état gazeux (ou comment l’art s’est dissout dans d’autres univers), Yves Michaud
  • L’art et la Mode, Art Press
  • Les écrits et le blog de Judith Benhamou-Huet
  • Le catalogue de l’exposition « Space for fantasy », Audrey Massina, commissaire

GRAZIA TODERI, PERCEPTIONS

PORTO, UNE VISITE DU MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN SERRALVES (FUNDACAO DE SERRALVES) L’OCCASION D’Y VOIR L’EXPOSITION DE L’ARTISTE ITALIENNE GRAZIA TODERI…

SES INSTALLATIONS RÉVÈLENT UN MIX ENTRE PHOTOGRAPHIE ET VIDÉO, LE TOUT MANIPULÉ PAR ORDINATEUR. DES VIDÉOS FASCINANTES REPRÉSENTANT ESSENTIELLEMENT DES CITÉS LA NUIT, LAS VEGAS, ENTRE MAGMA D’ÉTOILES, MÉGALOPOLES INSOMNIAQUES ET CITÉS SOUS LES BOMBES. LES FLASHS SONT ALORS DES EXPLOSIONS. AUTANT LE SILENCE, LE BRUIT SOURD ET LE RYTHME TRÈS LENT INHÉRENT À SES VIDÉOS PEUT ÊTRE APAISANT, AUTANT IL PEUT ÊTRE INQUIÉTANT ET ANGOISSANT.

DANS ROSSO BABEL OÙ L’ARTISTE EXPLORE LE MYTHE DE LA TOUR ÉPONYME, ELLE IMAGINE UN DIPTYQUE OÙ L’ON PERÇOIT UNE CITÉ-TOUR UPSIDE-DOWN.

DANS ATLANTE, TOURNÉ AU PORTUGAL, C’EST L’ABSENCE DE LIGNE D’HORIZON (VOIR AU DÉBUT DE LA VIDÉO) QUI NOUS INTERPELLE ET QUESTIONNE SUR LE RAPPORT ENTRE MONDE TERRESTRE ET MONDE CÉLESTE.

TOUT EST AFFAIRE DE PERCEPTION, C’EST CE QUE SEMBLE NOUS DIRE L’ARTISTE. UN PEU COMME LA PRÉSENCE DE CES IMPRIMÉS NÉO-PSYCHÉDÉLIQUES VUES LA SAISON DERNIÈRE, QUI EUX AUSSI STIMULAIENT NOTRE VISION… (VOIR CI-DESSOUS)

PORTO, WE VISIT THE FAMOUS MUSEUM OF CONTEMPORARY ART (FUNDACAO DE SERRALVES). I WAS IN A HURRY, BUT I HAD TIME TO BE MESMERIZED BY THE EXHIBITION OF THE ITALIAN ARTIST GRAZIA TODERI.

HER CITIES RISE UP FROM AERIAL PHOTOGRAPHS OF REAL CITIES, FROM COMPUTER MODIFIED NOCTURNAL VIEWS UPON WHICH THE ARTIST DRAW CARTOGRAPHIES OF INTERMITTENT LIGHTS. THESE CITIES MAY BE A LAS VEGAS, AS THEY MAY BE CITIES UNDER BOMBARDMENT. BOTH THE SILENCE AND THE SLOW PACE INHERENT IN HER VIDEOS CAN BE CONSIDERED AS SOOTHING, AS IT CAN BE UNEASY TOO.

IN « ROSSO BABEL » WHERE THE ARTIST EXPLORES THE MYTH OF THE TOWER OF BABEL, A DIPTYCH SHOW AN UPSIDE DOWN TOWER-CITY.

IN « ATLANTE », SHOT ON PORTUGAL COASTS, IS THE LACK OF HORIZON LINE (SEE THE BEGINNING OF THE VIDEO) THAT CHALLENGES US AND ASKS ABOUT THE RELATIONSHIP BETWEEN EARTHLY AND HEAVENLY WORLD.

GRAZIA TODERI TELL US THAT IT’S ALL ABOUT PERCEPTION. A BIT LIKE THE NEO-PSYCHEDELIC PRINTED SHIRTS SEEN LAST SEASON, WHICH ALSO, STIMULATE OUR VISION. SEE BELOW THE 3D PRINT AT JEAN-PAUL GAULTIER (MUST BE SEEN WITH THE PROPER GLASSES) OR THE « BROKEN WINDOWS » PRINTS AT JUUN J.

CURATOR: JOÃO FERNANDES

LES TENUES IMPRIMÉES « 3D » DES HOMMES DE JEAN-PAUL GAULTIER (À VOIR AVEC LES LUNETTES ADÉQUATES!) OU LES IMPRIMÉS « BRIS DE GLACE » DES GARÇONS DE JUUN J. VUS LA SAISON DERNIÈRE.


JEAN-PAUL GAULTIER, SPRING SUMMER 2011


JUUN J SPRING SUMMER 2011

The heat of summer | Phebus, the 70’s packaging

I found this old Phébus candles box…

Phébus seems to be a famous french candles brand at the begining on the XXth century. I couldn’t find anything about the brand today, but it seems to be part of Bougies la Française (investigation needed).

The box itself seems to have been printed during the early 80s (due to presence of a barcode). This design is a mix of the 60s and 70s style.


Using the Univers font (released in 1957 and very popular during the 60s and the 70s) for the words « bougies, extra-fines » and a derivative (or a redraw) of the Eurostile font (created in 1962) for the brand itself, the design is very pure (see the drawing of the candle flame), all reminds me the swiss graphic design of the 60s.

The wild-orange & brown color combination is typically 70s, reminds me the Denise Fayolle et Maïmé Arnodin designs for french store Prisunic (see below).

Magazines de créateurs

Publications réalisées en partie par des créateurs de mode, en l’occurrence ici Karl Lagerfeld pour le 31, rue Cambon de la maison Chanel et Kris Van Assche pour Londerzeel.

31, rue Cambon

C’est le fruit d’une collaboration entre Karl Lagerfeld et Olivier Zahm. Légèrement plus petit qu’un format A4. Papier mat pour la couverture avec une photo en noir et blanc gros grain (featuring Baptiste Giabiconi), au centre en gaufrage rose très girly le titre de la publication.
On y trouve un bref portrait de la grande Mademoiselle et l’ensemble des produits de la maison: Haute Couture, collection Croisière, Haute Joaillerie, maroquinerie, articles de sport, parfums, beauté, etc. Chaque famille de produits est présentée avec un petit brief très intéressant (année de création, inspiration…).
Ce que j’appréhendais comme un magazine résultant d’une alliance détonnante et excitante (Lagerfeld x Zahm !) est en fait plus un catalogue à destination des clients de la marque, luxueux et informatif. Nul débordement créatif comme on pouvait l’espérer.

Londerzeel

Londerzeel ? C’est le nom de la ville de Belgique où est né Kris Van Assche.
La revue de 16 pages au format A3 possède une couverture en papier calque imprimé, exprimant à la fois toute la créativité et la sensibilité du créateur.
On y trouve les photos et illustrations de Kris Van Assche (notamment l’installation Picaflor, présentée à la Villa Noailles) et les travaux d’artistes amis comme Andrea Mastrovito ou David Casini… Les textes sont de Maxime Buechi (Sang Bleu), de Paul Ardenne…
Contraste total avec la publication précédente, ici on est en possession d’une revue alternative où la démarche est plus artistique et engagée, moins commerciale. Le magazine correspond assez à l’idée que l’on se fait de l’univers subtil du créateur belge-flamand, styliste-artiste et poète.


À lire, le blog de Barbara Polla, rédactrice en chef de Londerzeel et auteure d’une biographie imaginaire de Kris Van Assche, Kris Van Assche, Amor o Muerte?. Vous y trouverez plein d’informations sur KVA et son univers.

(1) Il y a quelques années Hedi Slimane avait collaboré avec Purple Magazine (pour le supplément Interzone) et le journal Libération, assurant leur direction artistique.

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Issey Miyake x Arik Levy | Le fil de la continuité

Un résumé de l’entretien avec le designer et artiste Arik Levy, organisé a l’occasion de la sortie de A scent la dernière fragrance d’Issey Miyake dont il a réalisé le flacon.

Le « citoyen du monde » Issey Miyake voulait un parfum qui sente l’air. Pour répondre à cette demande très spirituelle, Arik Levy à dû surmonter certains obstacles, comme le fait que le Japon n’a pas de tradition du parfum…

Le design se devait d’être aussi évident et limpide que la requête. Foin donc de decorum risquant de masquer la personnalité du parfum. Le résultat donne un flacon transparent aux contours bruts comme taillé dans le verre et utilisé tel quel. Le tube plongeur est quasiment invisible et le jus le plus clair possible. Une transparence qui s’est révélée être un véritable défi technique, s’inscrivant à la fois dans une démarche intellectuelle, artistique et philosophique dont Arik était le maître d’œuvre. Cette recherche de la transparence s’est imposée comme un fil rouge pendant tout son processus créatif.

« J’ai voulu faire une pièce avec un côté rough, plus crue que brute »
(Arik Lévy)

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Tout comme Issey Miyake est un créateur atypique, ne sortant un nouveau parfum féminin que tous les 8 ou 10 ans(1). Arik Levy à voulu rompre avec les habitudes du monde cosmétique. Plutôt que de dessiner une famille canard avec un « petit 50 ml », un « moyen 100 ml » et un « grand 150 ml », il à créé pour l’ensemble de la ligne, quelque chose véhiculant l’idée de continuité, qui commence et ne se termine jamais, comme à l’infini; idée récurrente dans le travail du créateur japonais.
On pense dès lors à deux réalisations majeures d’Issey Miyake où l’on retrouve ces idées de continuité et et d’intemporalité:

  • La ligne A piece of cloth (A-Poc, 1976): un vêtement créé à partir d’un seul carré/rouleau de tissu auquel on ajoute des manches. En recherchant ainsi un aspect minimaliste et fondamental, Issey Miyake obtient un effet classique et intemporel.
  • La ligne Pleats Please (1988): des vêtements en polyester, plissés et dans des coupes simples. Issey Miyake parle d’illusion d’optique quand il décrit ses plissés.

A-POC King and Queen, 1999

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Pleats Please

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Le projet d’Arik Levy capitalise sur une forme simple. Quelque soit l’ordre dans lequel ces trois flacons sont disposés, il se crée un rythme et une tension. Le flacon devient l’identité visuelle du projet. Cette fragrance très florale et verte s’inscrit comme un produit durable dans le temps, comme une œuvre d’art dépasse le temps d’une vie.


(1) Odyssée en 1992 et Le feu en 1998. Il y a 600 lancements de parfum par an environ et seulement 5% arrivent dans le top 10 après 5 ans d’existence.

Arik Levy est designer industriel, d’origine israélienne, il collabore depuis plusieurs années avec le graphiste Pippo Lionni avce lequel il a fondé l’agence L design. Parmi ses clients se trouvent Baccarat, Vitra, Swarovski…

Fiac 2009, Slick 2009 (shebam, pop, blop, wizz!)

Dans les allées de la Fiac 2009…

La Fiac 2009 c’est fini. Vendredi dernier, soir du vernissage, fût l’occasion pour moi d’y découvrir quelques artistes et d’y croiser quelques personnalités… Tout d’abord, beaucoup de monde autour du stand Mini. Le stand, tout de noir vêtu, contrastait avec l’ensemble du lieu, une façon d’affirmer le caractère tonitruent mais chic, de la cinquantenaire voiture. Autour d’une coupe on y croisait l’excentrique créatrice Vava Dudu et ses amis, Nadège Winter, etc. que du beau monde en somme.

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Les artistes Eva et Adèle (avec Loulou de la Falaise ?)fiac-2009-nadege-winter-mini
Nadège Winter, (c) Matthew J. OliverPartageant avec la marque Mini le goût de l’art moderne, du design et de la création artistique, le collectif de la géniale Marroussia Rebecq, Andrea Crews, a réalisé une collection spéciale très graphique pour l’occasion.

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(c) tom [ts74]
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(c) tom [ts74]

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Dans les allées… Cumshot in blue, d’Ida Tursic & Wilfried Mill, 2006

Slick 2009

Le lendemain, au 104, avait lieu le vernissage du Slick 2009, la foire des découvertes (le off de la Fiac), où règne une effervescence toute particulière, une atmosphère moins « institutionnelle » que la manifestation-mère. L’abord est ici plus aisé car il faut faire découvrir des nouveaux talents, n’est-ce pas ? Au Slick on est surpris à chaque coin de stand, on a envie de tout voir, on craint de manquer une œuvre ou un artiste intéressant, résultat: on fait vingt fois le tour.

Les artistes de la galerie MAM ne vous laissent pas indifférents. On se surprend à rester hypnotisé par le marteau de Simon Nicaise. Posé à même le sol et secoué de spasmes « comme s’il était en vie », un marteau se débat, allant et venant contre un mur blanc, décrivant une étrange chorégraphie. Erwan Venn, plasticien, expose des mobiliers-prothèses tous blancs et troublants (vu la première fois au Musée des Beaux Arts de la Rochelle, Respirer, 2008); ils m’évoquèrent immédiatement bODY_rEMIX une œuvre de la chorégraphe québécoise Marie Chouinard.

Une interview de la directrice de la galerie est disponible ici

Beaucoup de photographes m’ont attiré cette année, je me suis arrêté sur la série « Fashion is image » du photographe turc Afik Hakan, les hyperphotos de Jean Francois Rauzier et surtout les superpositions photographiques de Stéphane Couturier (à découvrir absolument !).

Mes coups de cœur

Les sculptures de Sarah Garbarg interrogeant sur le vide et le plein, la présence et l’absence, les détournements de jeu vidéo d’Antonin Fourneau, les dessins cinétiques de Mathieu Dufois, les petites femmes nues (photos et dessin) de Julien Carreyn et les merveilleux papiers découpés de Georgia Boyd Russell sont mes coups de cœur de cette édition 2009.

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À la Fiac, un triptyque de Frédérique Loutz, Galerie Claudine Papillon.

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Papier découpé, « façon dentelles » par l’artiste écossaise Georgia Boyd Russell

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Mathieu Dufois

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Sarah Garbarg

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Stéphane Couturier

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Julien Carreyn

Et…croisée au détour des allées la très délicate Adeline André.

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Luxe et fantaisie

N’y a-t-il que les marques de luxe pour allier avec brio fantaisie et communication ?

Hermès confie les images de son catalogue 2010 au photographe britannique Tim Walker. Ce dernier, crée des situations oniriques, abracadabrantes voire surréalistes, amenant la communication de la marque sur un plan artistique et à l’accès un peu hermétique (devenant par là-même sélectif et éloignant toute comparaison avec d’autres marques) en parfait accord avec l’image du sellier de la rue du faubourg Saint-Honoré.

Hermès à travers ses catalogues véhicule chaque saison du rêve, de la culture sur le savoir-faire quasi ancestral de ses artisans et de la création artistique. Rêve, relation au temps et subjectivité, trois composantes essentielles du luxe.

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Le monde d’Hermès, printemps-été 2009, couverture et page intérieure de Tim Walker

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Le monde d’Hermès, printemps-été 2009, page illustrant le travail du malletier « protégeant » les coins des valises

Pour leur collection California Rêverie inspirée de la côte ouest américaine et composée de sautoirs et bagues cocktail festives, la maison de haute-joaillerie Van Cleef & Arpels à aussi usé de la fantaisie dans sa communication. Moins abstrait qu’Hermès mais néanmoins subtil, la maison centenaire à opté pour une légère modification de logo délaissant la colonne Vendôme pour un… palmier ! Fantaisie certes, mais en parfait accord avec le thème de la saison.

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Ci-dessous, quelques photos prises lors de la présentation Place Vendôme, de la collection California Rêverie.

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Collier Ginko « California Rêverie » en or gris diamants brillant, baguette, boules turquoise et perles de culture blanche.

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Clip Flamingo « California Rêverie » en or gris, diamants brillant, saphirs roses et rubis, onyx et grenat mandarin de 26,73 cts

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Clip Paysage d’Opale « California Rêverie »pierre double face pesant 100,11 carats sertie sur des saphirs parfaitement appairés et rehaussée de deux palmiers en diamants. Ce clip révèle à l’arrière un troisième palmier et une ceinture de saphirs jaunes.

Le luxe est aussi un terrain d’expérimentation et d’audace, comme le fût la Haute-Couture dans ses grandes heures. Certaines marques « dites de luxe » négligent ou font fi de cet élan, de cette audace ou de cette fantaisie et optent pour un discours trop terre à terre et urgentiste (avec parfois l’alibi du 2.0) Vouloir aller plus vite que les autres vous place dans une logique de comparaison et vous exclu automatiquement d’une démarche de véritable marque de luxe.

À l’image de certaines vieilles familles célèbres, aristocrates et excentriques, fantaisie et luxe forment un couple étonnant et parfois inattendu. Subtilement accompli ce mariage est générateur d’une dynamique élitiste confortant l’image de marque dans la catégorie luxe. En bref, cessons de nous prendre au sérieux !

Papiers mis à nu

Papier au format A3 ou A4 ? Façon recyclé mais pas trop cheap. Couleur paille, vanille ou brun ? Un peu reliefé mais pas trop, une cartonette de 120g/m2, mais attention pas trop épais non plus… Hier après-midi j’ai étalé l’ensemble de mes recherches, brun, chair, poudré, crème, tous les tons que j’avais choisis se trouvaient être en accord avec la tendance Nude du bel été à venir…

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Photo Rémi Lamandé

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Papiers vélin Curious Touch, papier transparents de la gamme Cromatico de chez Antalis, papier à grains marqués tout y passe.

Vous pouvez allez voir chez Fashionstyle, un intéressant billet sur cette tendance Nude

Le Modalogue weekly #6

The Unknown Hipster : Le blog de Jean-Philippe Delhomme aussi insupportablement génial que ses bandes dessinées.

100 maisons abandonnées : Lugubre…

Vintage : La galerie Flickr de Myvintagevogue comprend des photos de mode (magazines, accessoires, coiffures, etc.) de 1920 à 1965.

Les organismes publics : encore une galerie Flickr, cette fois-ci consacrée aux photos contenues dans les archives des organismes publics, avec de la patience on y trouve de vrais trésors.

Typographic portraits : 45 portraits faits à partir de différents types de caractères, ce n’est pas nouveau, mais toujours intéressant.

The online media : une vidéo que m’a fait découvrir Stéphane. Trois minutes qui résument comment l’information se diffuse aujourd’hui.

Le poison de la mode : le blog de Johan, excellent, qui n’est pas sans me rappeller JJJJound avec des commentaires intelligents et poétiques sur la mode.

Puis il y a eu
Le cocktail de lancement au Bon Marché, du cinquième numéro de l’excellent magazine ICONOfly consacré aux bracelets (jusqu’au 18 juin).
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Un déjeuner-interview aux Deux abeilles avec le créateur Jean-Paul Lespagnard où l’on parle de la Vierge Marie, de football et de hooliganisme (!) je vous ferais un compte-rendu très prochainement.

Le work in progress de « Set in Black » la future ligne de prêt-à-porter de Stéphane Plassier. J’ai passé une journée à l’usine EMO (Alsace) afin de suivre les derniers réglages des prototypes. EMO est une des dernières usines française spécialisée dans la maille pour des clients haut de gamme (elle travaille notemment pour Sonia Rykiel, Anne Fontaine…). Une journée passée en compagnie de Mathieu, Christel Divert du Journal du Textile et Dominique Plaideau de JTC (production audiovisuelle).

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Sur Gwenaelle Simon, comédienne, Stéphane Plassier donne des instructions à la cheffe d’atelierInvent

D’autres photos suivront qui rendront hommage à la finesse, aux jeux des superpositions ainsi qu’aux différents dessins de maille.