AU SUJET DE LA (RÉ)INTERPRÉTATION CRÉATIVE

UNE CITATION DE DANIÈLE ROBERT, TRADUCTRICE, AU SUJET DE SON MÉTIER. UNE HUMBLE RÉFLEXION QUE L’ON PEUT ADAPTER À TOUT ACTE QUI SE VEUT CRÉATIF.

« LA TRADUCTION EST TOUJOURS UN ART DE LA PERTE. MAIS IL FAUT SAVOIR ACCEPTER DE PERDRE QUELQUE CHOSE AU PROFIT D’UNE AUTRE CHOSE, QUI VA ÊTRE UN GAIN POUR LE TEXTE. POUR LE TEXTE D’ARRIVÉE, MAIS AUSSI POUR LE TEXTE DE DÉPART, PARCE QU’ON PEUT, PAR LA CRÉATIVITÉ QU’ON Y APPORTE, SOULEVER QUELQUE CHOSE QUI N’ÉTAIT PEUT-ÊTRE MÊME PAS APPARU À L’AUTEUR.
UMBERTO ECO A EU UNE TRÈS BELLE FORMULE, IL A DIT : « TRADUIRE, C’EST DIRE PRESQUE LA MÊME CHOSE ». C’EST DANS CE « PRESQUE » QUE SE SITUE LA CRÉATIVITÉ DU TRADUCTEUR. ON N’EST JAMAIS UN CLONE DE L’AUTEUR QUE L’ON TRADUIT – C’EST IMPOSSIBLE, ET CE NE SERAIT MÊME PAS SOUHAITABLE – ; ON APPORTE UN AUTRE OUVRAGE, UN AUTRE LIVRE, AVEC UN GRAND RESPECT POUR CE QUE LE LIVRE INITIAL EST, MAIS AUSSI POUR CE QUE SOI-MÊME ON APPORTE, AVEC SA PROPRE LANGUE, SA PROPRE CULTURE, SA SENSIBILITÉ, ET MÊME SES DÉFAUTS. »

EST-CE QUE CELA PEUT REMETTRE EN CAUSE LA NOTION DE PLAGIAT?

APPLE INC. CONSIDÉRÉE COMME UNE DES ENTREPRISES LES PLUS CRÉATIVES DE NOTRE ÉPOQUE À LONGTEMPS ACCUSÉ MICROSOFT DE PLAGIER SES INTERFACES.

EN 2004 POUR LA SORTIE DU NOUVEL OS, APPLE COMMUNIQUAIT AINSI (LE CAMPUS DE REDMOND EST LE SIÈGE DE MICROSOFT)

L’IPOD D’APPLE PRÉSENTÉ EN 2001 À DE SON CÔTÉ ÉTÉ COMPARÉ AU JUKEBOX 6000 DE LA SOCIÉTÉ ARCHOS, MAIS CE N’ÉTAIT PAS UN PLAGIAT, MAIS UNE RÉINTERPRÉTATION PLUS ADAPTÉE EN TEMES DE DESIGN, PRIX ET MARKETING DU CONCEPT RÉVOLUTIONNAIRE D’ARCHOS.

IL FAUT CONSIDÉRER TOUTE FORME DE CRÉATIVITÉ COMME FAISANT PARTI D’UN CONTINUUM ET NON D’UNE FORME D’ABIOGÉNÈSE INVENTIVE.

CET ARTICLE PEUT FAIRE SUITE À CELUI-CI

 

PIERRE BERGÉ, LA MODE, LA PRESSE…

QUAND PIERRE BERGÉ EN VEUT À LA PRESSE…

« TOUT CE QU’ON MONTRE DOIT ÊTRE VENDU, TOUT CE QU’ON VEND DOIT ÊTRE PORTABLE (…). UN CRÉATEUR, ÇA N’EST PAS FAIT POUR ALLER S’INSPIRER DES ARMOIRES DE SA GRAND-MÈRE (…).
LA MODE A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE, À CONDITION DE NE PAS S’ENFERMER DANS L’ESTHÉTIQUE, DE RESPECTER CEUX ET CELLES QUI LA PORTENT (…).
IL FAUT METTRE LA CRÉATION AU SERVICE DU PRODUIT ET NE PAS L’ÉCRASER: VOILÀ LE SUJET (…).
IL Y A TROP DE BLUFFEURS DANS LA MODE, EN PARTICULIER CEUX QUI SONT ENCOURAGÉS PAR LA PRESSE »

HISTOIRE D’UN COSTUME DADA

EN JUIN 1921 TRISTAN TZARA MEMBRE DU MOUVEMENT DADA, PRÉSENTE AU THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES (GALERIE MONTAIGNE) UNE PIÈCE PARODIQUE DU THÉÂTRE CLASSIQUE FRANÇAIS: « LE CŒUR À GAZ » OU DIXIT SON CRÉATEUR « LA PLUS GRANDE ESCROQUERIE DU SIÈCLE ». LA PIÈCE MAINTIENT PENDANT TOUTE LA REPRÉSENTATION L’ILLUSION DE L’IMPROVISATION BIEN QU’IL Y AIT UN TEXTE.

Lire la suite « HISTOIRE D’UN COSTUME DADA »

Making of The Look

Un rapide décryptage du process mis en place et des coulisses menant du mannequin au consommateur ou dit autrement la création d’un « look » qui séduira les masses.

Des extraits tirés de l’enquête menée par la sociologue américaine Ashley Mears et reportés dans son livre « Pricing Beauty, the making of a fashion model » . Egalement, le livre remet en cause la notion de beauté comme un acquis et se penche sur la manière dont les considérations ethniques et de genre sont traitées dans la profession et vers quelles inégalités elles débouchent parfois.

The first step to understanding this world involves a little reverse magic to bring invisible actors into light. While models reap plenty of attention as pop culture icons, no model gets far without the campaigning efforts of a booker and a few key clients. Networks of agents, scouts, assistants, editors, stylises, photographers, and designers constitute a production world chat links models to fashion consumers.

Scouts and agents « discover » raw bodily capital and then filter it to clients —photographers, designers, art and casting directors, stylists, and catalog houses. These clients « rent » models for short periods of time, maybe a few hours, days, or weeks, during which time they deploy this capital to appear in media outlets such as catalogs, showrooms, advertisements, magazines, catwalks, showrooms, and  » look books, » which are booklets that feature a designer’s new clothing collection.

In these media outlets, models’ images serve to entice store buyers and, ultimately, to seduce fashion shoppers, the final consumers of the look, into making a purchase, as shown below.

production-the-look

Taken together, these producers constitute a world of backstage production, or an « art world, » as sociologist Howard Becker calls it (1982).
In an art world, the talent is one piece of the art-making process, but talent should not be privileged as the gravitational center. Creative goods such as 1nusic, art, or books do not mysteriously emerge from individual acts of artistic genius. They materialize from institutions, organizations, industrial field structures, and the everyday routines of people at work. A work of art is as much the product of a whole series of intermediaries and their shared norms, roles, meanings, and routines as it is the creation of an individual artist. In other words, mundane processes of production are important in shaping culture.

An art world approach belies common sense; we’re used to thinking that the best people rise to the top of any market, as popular media accounts unanimously celebrate. It is tempting to think that models are lucky winners in some « genetic lottery, » as though their bodies were superior gifts of nature chat automatically receive social recognition, and, indeed, some evolutionary psychologists echo this view.

Such explanations of the deservingly triumphant cannot account for the physical outliers —people such as Kate Moss, who at 5’6, » is short by model standards, or Sophie Dahl, who reached fashion fame at a size 10, rather heavy compared to her catwalk counterparts. Nor does talent account for the hundreds of thousands of similarly built genetic lotto winners who will never receive social recognition— people such as Liz and Sasha and the thirty-eight other models I interviewed for this book. Their stories make sense only in the context of a whole web of producers, the relationships they form, and the conventions they share.

Thinking about looks as part of a world of production rather than as an individual quality called beauty allows us to see how aesthetic judgments materialize from a collaborative process.

The look is the result of people doing things together.

Pricing Beauty, the making of a fashion model, by Ashley Mears, 2011, University of California Press

Esthétisation du monde

« Tous les produits, jusqu’aux emballages, doivent maintenant être chargés d’une force de séduction, avoir du style, un look, une esthétique. Un nouveau « capitalisme artiste » l’a remporté, aucun corps de métier ne fonctionne plus sans designer, sans styliste, sans coloriste. Le consommateur, lui, bien plus qu’un fanatique des marques, devient un « Homo Æsteticus », un individu qui crée sa propre allure, son cadre de vie, qui « remixe », qui « matche », invente sa personnalité… »

(Gilles Lipovetsky)

Mode et philosophie

« En France, le philosophe est une figure familière. Notre imaginaire collectif associe chaque penseur à une oeuvre théorique, mais surtout à une présence incarnée : le timbre de la voix, l’allure du pas, les détails de l’habit.

Pour certains, il serait même possible de raconter toute l’histoire de la philosophie en la considérant comme un vaste vestiaire. Pour s’en tenir à la génération des années 1960, on pourrait retracer l’aventure intellectuelle de l’époque à partir de quelques vêtements : le col roulé de Michel Foucault, les pantalons râpés de Gilles Deleuze, les vestes en velours côtelé de Jacques Derrida ou les costumes en tweed de Claude Lefort (…)

Autant de signes qui fixent une texture rassurante sur des auteurs souvent intimidants. Autant d’images, aussi, qui nourrissent les biographies des grands noms de la philosophie. (…) » (Jean Birnbaum)

Et nous pourrions continuer ainsi pour d’autres personnalités: le polo noir à col roulé de Steve Jobs, le sweat marin de Pablo Picasso, les lunettes de Woody Allen, les turbans de Simone de Beauvoir…