PFW | Lanvin par Lucas Ossendrijver

Elles sont empreintes d’une certaine densité romantique les silhouettes de Lucas Ossendrijver. Ces jeunes hommes, hippies modernes vont dépoitraillés, cultivent une subtile élégance négligée, voire « wabi-sabi ». Faux-froissés, grattés (ah ce manteau couleur lie de vin!), patchworks, ces tissus ont eu une vie avant nous. Ces garçons n’ont pas une « attitude » mais une « dégaine », furieusement enviable.

Manteaux aux manches trop longues, chemises à demi-rentrées, ceintures négligemment nouées. Des blousons, comme rapiécés, aux boutons dépareillés, comme chinés, précédent des manteaux amples et sobres. Cette collection exprime une certaine liberté, comme ces bracelets semblants faits de simples chutes de tissus tressés et flottants autour du poignet ou encore ces cols à bords francs, effilochés.

Une espèce d’insouciance déconnectée du brouhaha quotidien fait de layering (on superposerait les vêtements que l’on trouve dans l’armoire) et d’un métissage de tartan et de damier. Il y a quelque chose de « WTF chic » de « DIY chic » dans cette collection. A quoi bon paraître? Faisons avec ce que l’on a et au besoin customisons avec une surpiqure ou un biais afin de surligner la silhouette.

Le mélange de matières, de couleurs et les volumes oversize proposés outre d’être les codes du designer sont rassurants et prouvent que par delà les « effets », ces critères sont l’essence même de la création de vêtements.

Cheveux au vent, ces bohémiens de luxe semblent faire front au chaos ambiant. Alors que l’industrie de la mode entre dans une période de révolutions et de frictions et quelques semaines après le départ d’Alber Elbaz, la collection de Lucas Ossendrijver fait preuve de générosité. Le designer de mode doit aujourd’hui retrouver sa liberté de création, mais doit-il pour cela prendre la clef des champs comme semble l’indiquer les nombreuses clefs présentes aux poignets des mannequins ou en broderie?

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PFW | AVOC, proto-punk

La dernière fashion week parisienne à ouvert ses portes à de nouvelles marques, et il y avait beaucoup de monde pour le premier show de la jeune marque AVOC.

AVOC se sont des vêtements aux coupes qu’ils qualifient d’architecturales…

Des silhouettes « basiques » et unisexe empruntant tantôt au vêtement utilitaire (larges poches plaquées qui font comme un large empiècement graphique…) tantôt au sportswear, des sweats, de larges chemises à col classique ou col officier, des bermudas XXL, la pièce la plus intéressante? Peut-être un manteau à double ceinture négligemment noué.

On est galvanisé par l’énergie du défilé, par la musique mais au final l’ensemble (d)étonne peu.

Les mannequins défilant parfois avec des masques d’hommes et de femmes politiques restent anecdotiques, du moins pas suffisant pour critiquer quoi que ce soit. On aurait préféré qu’ils invoquent les visages fardés, le maquillage de clown à la symbolique plus forte, que l’on voit dans la vidéo présente sur le site. Le visage du clown est détourné dans l’imagerie populaire autant par des groupes de punk-rock ou de rock alternatif que dans les films d’horreur. Les designers d’AVOC l’ont stylisé et apposé sur certains vêtements. Personnage grotesque, symbole de notre époque(?) le clown fait rire et effraie en même temps.

On vit une époque où l’expérience procurée au client prévaut sur le produit. Plus que le vêtement, l’image importe et celle du clown est la caution de la subversion d’AVOC, de son désir de dénoncer.

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PFW | Augustin Teboul

Noire décadence dans les salons de l’Hôtel Meurice, l’impression de se retrouver durant l’âge d’or artistique de la République de Weimar revu par Annelie Augustin et Odély Teboul…

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Portugal fashion week | Fatima Lopes

Habituée des podiums parisiens depuis plus de 20 ans, Fatima Lopes à présenté, une seconde fois et ce comme à l’accoutumé, sa collection dans son pays d’origine à Porto. Les photos ci-dessous témoignent de cette seconde session de la collection spring-summer 2015.

Une grande partie des modèles présentés cette saison la créatrice semblent être sous influence de l’Op Art. Art de la rupture dans les années 60, lors de son émergence sur la scène internationale, la juxtaposition de formes géométriques crée un graphisme vibrant, flashant, des illusions cinétiques qui sollicitent notre manière de percevoir.

Les artistes de l’Op Art sont entre autres François Morellet, Jesús Rafael Soto ou Victor Vasarely.

Les effets graphiques géométriques ont maintes fois été traités par les créateurs de mode. Ci-dessous, tenue d’Elsa Schiaparelli, photo de George Hoyningen-Huene, 1928

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Ci-dessous « Movements in squares », 1961, Bridget Riley

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Fatima Lopes à présenté une collection exclusivement en noir et blanc parfois relevée d’une jaune très vif (qui fait peut-être écho au Yellow Manifesto écrit en 1955 par Victor Vasarely et Pontus Hulten).

Mixés avec sa prédisposition aux découpes, la créatrice lusitanienne réinterprète les pois, les damiers et les rayures. Effets d’échelle, effets matières (tulle, plissés) et superpositions donnent du volume à ces jeux graphiques. Sur des petites robes bustier, des tops, pour un rendu pop où souffle un vent sixties. On pourrait presque apercevoir une girly (certes vêtue de black) sur deux ou trois silhouettes.
Art optique, hypnotique et optimiste, une collection moins dramatique qu’à son habitude, comme annonçant une nouvelle ère. Le style, agréablement canalisé et où les fondamentaux de la créatrice ne sont pas galvaudés clôt une fashion week pleine de surprises,

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[divider]Lire aussi[/divider]

Trompe l’œil aux Musée des Arts Décoratifs

Les trompe l’œil d’Elsa Schiaparelli, Dirk Van Saene, Bernhard Willehlm

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Portugal Fashion Week | Susana Bettencourt

Dear readers,

born in the Azores islands, Susana Bettencourt is one of the emerging designer of Portugal. The collection she presented last week during Portugal Fashion is lying between tribal prints and glitch design, between nature and digital.

The abundance of the prints and perhaps a sort of redundancy is offset by the various shapes and silhouettes the young designer has created. An urban and easy to wear set of garments for girls with sporty details (zippers, tech-fabrics…), large sleeves and long slitted skirts.

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Education

« My professors at Central Saint Martins told us that everyone can be a designer, so we need to bring something new. They show me where my strength is, mine is handwork, so they push me in. »

Inspiration

« My new collection is a closing of a cycle of 4 collections.

Since two years  i’ve been working on the contrast between nature and digital. For this collection I focus on the texture of the leaf, the trees, the sea, the waves… If you look on a digital point of view all colours have changed, the sea is green, the green turns yellow… »

Craftmanship and digital fashion

« I made all the work by myself from the handwork to the prints using digital softwares.

I try to bring back to life the craftmanship as it connect more with nature. There is a mix of techniques, the knitwear handwork, the embroideries and some very old technique used by old ladies.

Craft can be digital, but we still have a lot of years to go before everyone can understand that digital can be a lot of crafting. Some of my garments or some digital jacquards takes months to develop. »

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Menswear is completely different

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Susana Bettencourt in the backstages

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Portugal Fashion Week | Generations

Sous une température estivale, la saison des fashion weeks se termine avec la fashion week portugaise (Lisbonne et Porto).

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« You can find inspiration everywhere » est le titre de l’ouvrage que M. Paul  Smith à écrit il y a quelques années. « You can find creativity everywhere », tel pourrait être le slogan de toute fashion week, chacune réservant son lot de surprises à qui désire les chercher.

En cette période globalisée et mondialisée, la mode se crée aussi bien à Istanbul, Porto, Londres, Séoul ou Rio. Reste à se donner les moyens de le faire savoir et d’être reconnu, apprécié, distribué et… vendu! C’est ce que s’emploie à faire Portugal Fashion depuis 19 ans.

La crise économique sévère qui à touché le pays en 2010 à compliqué les choses et ralenti bon nombre d’investissements. Depuis le second trimestre 2013, la reprise qui a lieu semble aller de pair avec la nouvelle identité graphique de Porto, la seconde ville du pays. Présentée il y a peu, elle est en rupture. Très graphique, tenant plus du logotype d’une marque à la mode que du blason héraldique, modernisant les azulejos, elle semble témoigner d’un désir d’internationalisation, un désir de conquête tenu par l’ensemble des jeunes créateurs lusitaniens rencontrés pendant cette fashion week.

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Le Portugal qui à acquis un certain savoir-faire dans le domaine de la confection (bon nombre de marques font fabriquer dans la province de Porto) se considère comme un jeune pays de mode. La France à des maisons de couture plus que centenaires (Lanvin fête ses 125 ans cette année, soit plus de 4 générations).

La première vague de créateurs portugais menés par Felipe Olivera Baptista, Fatima Lopes et Luis Buchinho a obtenu, après plusieurs années, une reconnaissance internationale. Jose Neves, le fondateur de Farfetch, le site marchand réunissant des boutiques de modes indépendantes est lui devenu une référence sur le web.

La deuxième génération emmenée par Daniela Barros, Hugo Costa, Susana Bettencourt ou encore João Melo Costa veut aller plus vite. A peine sortis d’école (Modatex, Central Saint Martins…) ces jeunes designers pensent à l’international, la reconnaissance locale n’est plus suffisante. Soutenus par Portugal Fashion au sein du salon Bloom (réservé aux jeunes créateurs) ils multiplient les salons (Londres, Berlin, Paris…) les rencontres avec les acheteurs, les journalistes, ouvrent leur boutiques en ligne, etc.

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Portugal Fashion qui se déroule entre Lisbonne et Porto (sur 4 lieux) offre une vision élargie de la création de mode portugaise (des défilés d’école à ceux de designers établis). Le challenge est double, hisser la manifestation au sommet en terme de logistique et de visibilité et accompagner ces designers sur le devant de la scène.

Il n’existe pas au Portugal les nombreuses initiatives privés que l’on trouve ici (concours, partenariats, défilés, festivals, etc.) permettant de générer expérience, visibilité et aide au financement d’une petite collection.

Luis Buchinho et Fatima Lopes diffusent leur aura de part et d’autre de la Méditerranée présentant leur collection autant à Paris qu’au Portugal. Pour la jeune garde, les conditions sont plus difficiles. Leur priorité est de pouvoir répondre en terme de production or très peu d’entre eux, comme souvent quand on en est à ce stade, ont les moyens d’avoir un petit atelier, ni de s’offrir les services d’un bureau de presse. Ils travaillent souvent seuls ou aidés par des parents et quelques amis. Une situation qui peut devenir un handicap lorsque, comme certains d’entre eux, ils doivent transformer l’expérience du podium en réalité commerciale.

Mais peut-on demander à un jeune designer de ne pas créer de collection parce qu’il n’a pas les moyens financiers et/ou techniques de la produire? Ou au contraire ne faut-il pas stimuler l’initiative privée et publique? Il s’agit alors d’une décision politique culturelle et industrielle, un marché pesant plusieurs millions d’euros.

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