Workshop | Genre & Mode

Le début de l’année à vu une polémique se développer autour de la théorie du genre. Abordée sous l’angle éducatif, touchant les plus jeunes, il s’est créé autour du thème un débat passionné.

La violence et les dérapages du débat politique combinés à la médiatisation savamment orchestrée et glamourisée d’icônes transgenres (Caitlyn Jenner pour ne citer qu’elle) à, on l’espère, permis à certains de découvrir le concept d’altérité d’Emmanuel Levinas et d’appréhender l’évolution inéluctable de nos sociétés.

La collection masculine d’Anne Kluytenaar (Festival d’Hyères 2014) inspirée par la maison Chanel et par son père qui a décidé « un jour » de changer de sexe étend la reflexion dans le domaine du vêtement, fuyant la caricature de la folle excentrique. Les vêtements de la créatrice néerlandaise sont en effet repensés dans les moindres détails pour la silhouette masculine, les proportions (col, poignet…) revues, les coupes sont masculines dans des matières féminines. Dès lors sa subtile démarche, dépasse la frontière de l’appartenance sexuelle et les conflits, ouvrant des possibilités créatrices tangibles.

Ci-dessous Anne Kluytenaar, « Lux is crossing », Festival d’Hyères 2014

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See also full « Lux is crossing » collection here

On peut songer au Giorgio Armani créateur des costumes de Richard Gere pour American Gigolo. Pour ce personnage dont le métier est de séduire la gente féminine il avait déconstruit le costume masculin, supprimant les paddings, le rendant fluide, le féminisant, le rendant précieux sans perdre sa masculinité.

Jean-Paul Gaultier jamais en retard d’une tendance avait semé le trouble en 2011 faisant défiler sa mariée haute-couture sous les traits d’Andrej Pejic. La même année, le mannequin transgenre sera le premier à poser en lingerie féminine.

Il était donc intéressant d’entamer un débat, suivi d’un quick-workshop avec les étudiants en création de mode sur ce sujet.

Nous avons passé beaucoup de temps à discuter, argumenter, échanger les points de vue. La démarche de réflexion voulant d’une part bousculer notre propre vision et à considérer le sujet de manière plus vaste, envisageant (modestement) tous les angles déjà étudiés par les universitaires (sexualité, sociologie, féminisme, psychologie, identité…).

Ainsi « alimentés » les étudiants abordent dans un deuxième temps l’“application créative” du sujet sur une affiche avec des contraintes techniques et esthétiques.

Les propos échangés furent riches, variés et sans tabous. Politique, anatomie, littérature, web, humour… furent autant de compléments au sujet.

Au même titre que les différences ethniques, l’économie responsable ou d’autres sujets de société, le futur créateur de mode se doit d’avoir une reflexion sur ces sujets. Il n’y a pas d’obligation pour lui d’ériger ses convictions en tant que manifeste, là n’est sans doute pas son rôle. Ses créations doivent être en phase avec son époque, d’être au fait des évènements de société, libre à lui et selon son talent, d’adapter ou de détourner ceux-ci à son profit.

 

NB: Le sujet est à l’étude au London College of Fashion, here

Nouvelles cooptations au Comité Colbert

Trois nouveaux membres ont intégré le Comité Colbert ce mois ci.

Bugatti, fondé en 1909, le constructeur de voitures de luxe français vient d’être coopté par les autres membres afin d’intégrer le Comité Colbert. Comme pour chacun des membres, l’intégration ce fait sur la base de cinq critères: l’ambition internationale et le caractère identitaire de la marque, la qualité, la création, la poésie de l’objet et l’éthique.

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Les Prés d’Eugénie, autre membre adhérent, est une belle histoire familiale. Des hôtel-restaurant situés dans les Landes dont la création remonte à 1861. Le chef actuel Michel Guérard et sa femme Christine propriétaires de ce joyau ont prouvé par leurs actions leur affinité avec les valeurs du Comité Colbert.

Chaîne thermale

L’IRCAM, centre de recherches musicales et sonore fondé en 1969 par Pierre Boulez est unique au monde dans son genre. Transversal il oscille entre centre de recherche, atelier de production et école. Il est depuis ces dernier jours membre associé du Comité Colbert.

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Lucien Clergue, R.I.P

Lucien Clergue, décédé ce samedi était l’ami des plus grands (Picasso, Cocteau…), Edward Steichen lui fera découvrir l’Amérique à l’aube des années 60 et son œuvre prendra son envol.

Un travail photographique dont les nus sont empreints d’une certaine naïveté, d’un véritable amour de la nature et de la courbe féminine. Des photos sans ambition subversive où l’osmose des corps avec leur environnement naturel étonne et séduit. Des angles de vue qui mettent en valeur les pleins et les déliés du corps et  dont la composition suggère toujours un résultat très graphique où se mêlent courbes, angles et jeux de symétrie

Oscar Niemeyer, l’architecte brésilien avait dans son bureau une photo appartenant à la série ci-dessous réalisée par le photographe arlésien, représentant des bustes nus allongés flanc à flanc au bord de la mer. Les courbes de ces nus étaient en parfaite harmonie avec les lignes de l’architecte brésilien à l’origine de la capitale Brasilia.

Ci-dessous, Géantes d’Italie, Lucien Clergue

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A comparer aux courbes du théâtre populaire de Niteroi, Brésil par Oscar Niemeyer…

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Ci-dessous, vue de la structure de la Cathédrale de Brasilia dessinée par Oscar Niemeyer, shootée par Lucien Clergue , 1962-1963

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A comparer avec les graphiques compositions de la série Zebra, Nude Zebra-1, Lucien Clergue, 1998

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Couture graphique

Univers identitaire des marques de mode par le biais du design graphique.

Des sacs de Paul Smith qui pris un par un sont très différents, mais qui mis côte à côte forment un ensemble cohérent. Aux créations à l’impact visuel très riche de Walter Van Beirendonck ou Bernhard Wilhelm, qui créent des histoires sur chaque vêtement par l’utilisation de codes graphiques très forts.

Cette vidéo décrit les modes de communication des marques situé dans un champ expérimental ludique et plein d’humour où puiser des inspirations.

Vidéo, graphisme, 3D, toutes ces techniques se combinent pour explorer une nouvelle manière de communiquer et pourquoi pas de faire de la couture. S’exprimant aussi bien sur des tee-shirts, des robes ou des accessoires, inter-agissant avec l’extérieur et colportant si besoin est un message (politique, social ou esthétique…).

Marian Bantjes

Chers lecteurs,

prenez le temps de (re)découvrir le travail de la graphiste canadienne Marian Bantjes, qui aime à dissimuler des messages au sein de ses créations calligraphiques. Depuis qu’elle a entrepris il y a quelques années de charger son travail de ses élans émotionnels, celui-ci à pris une nouvelle dimension et à reçu un accueil international dont elle fût la première surprise.
Mixant les techniques numériques et manuelles elle aime à utiliser des matériaux inhabituels pour des créations au caractère généreux, parfois très néo-baroque, parfois plus épuré mais rarement minimaliste.

Ace Hotel NYC, a typographic journey

Ace Hotel NYC, 20 West 29th Street

In Midtown Manhattan the wholesalers slowly leave the place to trendy boutiques like Maison Kitsuné. In a couple of year Midtown Manhattan will be the next spot for the trendsetters. Ace choose the heart of this district to open one of their hotel where the history of a building meets design and arts.

At Ace NYC I like the use of (what it seems to be) Akzidenz-Grotesk font for the signings. I like the graphic design feeling that Roman & Williams, the firm which design the interiors, gave to this place.

It is all about typo.

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Akzidenz-Grotesk Bold Condensed

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Akzidenz-Grotesk Bold Extended

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Akzidenz-Grotesk Bold Extended

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Akzidenz-Grotesk Bold Extended (customized)

and…

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The entrance

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Serif fonts. Even with chalk handwriting a special attention is paid to typography…

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Above, on a desk what look like Trixie font

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Handwritings…

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Curation | City magazine, logo

City, magazine international, revue mythique des années 80.

Une publication qu’aujourd’hui nous qualifierions de lifestyle et dont j’ai reçu il y a quelques mois une trentaine d’exemplaires couvrant la période 1984-1991.

En rouge et noir

City magazine c’est aussi la force d’un logo. Quatre lettres batons rouge vif mises en relief par une section blanche de 5 mm forment le mot « CITY ».

Une baseline en lettres capitales noires épaisses: « MAGAZINE INTERNATIONAL », le tout est encadré par un double rectangle noir au fond légèrement gris. Ce logo est imposant, percutant, dévorant presque la couverture. Les portraits souvent cadrés serrés, en noir et blanc ou vaguement sépia occupent la pleine et font jeu égal avec le logo, même lorsqu’il s’agit de Paolo Roversi, Peter Lindbergh ou Jean Baptiste Mondino! La ville est omnipotente.


n°10, avril 1985


n°28, décembre 1986-janvier 1987

Certains numéros ont su laisser place à des jeux typographiques bicolores en couverture.


n°30, mars 1987


n°48, décembre 1988-janvier 1989
Le logo sait passer au second plan dans une des rares couvertures en couleur, mais aussi une des plus belles, illustrée par Pierre Le Tan.


n°60, mai 1990

A l’aube des années 90, la taille du logo s’est réduite et son style s’est lissé avec l’arrivée de la PAO. Le logo est plus froid désormais et moins impactant que la version précédente.

La baseline et le nom des villes sont désormais écrites dans une typographie « light », plus élégante. La baseline est justifiée désormais jusqu’au bout du « Y ».


n°61, juin1990

Les portraits sont moins sérrés, la couverture est plus aérée, plus « blanche ». Maintenant les titres vont et viennent et ne sont plus confinés au bas de la couverture. Le texte adopte une nouvelle dynamique, plus libre.


n°64, octobre 1990


n°66, décembre 1990-janvier 1991

On rompt une tradition en remplaçant le rouge emblématique par une couleur jaune d’œuf. Paradoxalement la PAO et les logiciels de mise en page, ont parfois généré une certaine forme d’uniformaisation dont semble pâtir le logo de ce magazine. On reste nostalgique, car la première version du logo n’a jamais été égalé et les multiples retouches de celui-ci au début des années 90 semblent annoncer la fin de publication de ce magazine de prestige.

Le vertige du funambule

Je viens de terminer la lecture de l’ouvrage d’Annick Lantenois: Le vertige du funambule, le design graphique entre économie et morale. Un livre où l’auteure nous apprend entre autres, que rien n’échappe au design, pas même les corps…

L’ouvrage dresse un récit historique du design, de ses fondements établis au XIXe siècle à nos jours.

Annick Lantenois y étudie comment le designer, traducteur et par ses prises de positions nous guide à travers la complexité des codes qui peuplent notre quotidien (logos, sites internet, affiches…).

Les propos tenus dans ce livre intéresseront les designers de tous bords (graphistes bien sûr, mais aussi les designers de mode, les illustrateurs, etc.).


Familiarité entre l’illustration des M/M à droite pour Yohji Yamamoto et celle dessinée par Aubrey Beardsley.

Tout comme le designer graphiste, le designer de mode se doit de décoder les signaux qui nous entourent.

Tout comme le designer graphiste se doit d’être, aujourd’hui, un peu programmeur, le designer de mode se doit d’être en phase avec les nouveaux déclencheurs (essentiellement numériques) qui lui permettront de favoriser l’échange et de faire naître des expériences créatives singulières.

J’ai numérisé certains passages du livre qui m’ont semblé intérressants:

Une crise du temps, patrimoine, storytelling, etc. ?

Ci-dessous des extraits où l’auteur étudie le passage du blason au logo dans l’identité des villes et le changement de sens inhérent à celui-ci.

– « Le blason est une traduction symbolique de l’enracinement d’une collectivité dans la durée et dans un territoire. »

– « Le blason est une des manières de raconter l’histoire de la cité, lieu sédentaire, localisable, quantifiable, datable… »

–  « C’est un récit stratifié où chaque élément iconique (tours, roues dentées, etc.) symbolise les diverses couches temporelles qui racontent chacune une période de l’histoire. »


Evolution du logo de la ville de Bezons

–   « Les logos des années 80, ne portent plus les symboles des traçes matérielles, l’Histoire s’absente, l’enracinement dans la durée s’oublie. »

–   « Les logos semblent conçus pour annoncer les qualités de cette ville à la manière du slogan, voire de l’injonction (essor, dynamise, vitalité). »

–   « Le blason privilégie la durée et la stabilité de la cité, le logo affirme le présent de la ville par le mouvement et la métamorphose. »

–  « Ainsi la forme globale du blason et la syntaxe qui articule les symboles et les codes couleur traduisent-elles la conception d’un temps continu, structuré par la tradition et par la transmission, par l’héritage. »

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement avec le secteur du luxe où ces dernières années fut privilégié l’instant. L’an passé lors du International Herald Tribune Luxury Conference les notions d’héritage et de savoir-faire ont été élues comme point de salut et de reconquête pour l’industrie du luxe par Suzy Menkes.


Les deux premières images représentent l’évolution de l’emblème du Bauhaus (Karl Peter Röhl, 1919 puis Oskar Schlemmer, 1922), la troisième image montre la ressemblance troublante entre le logo de Schlemmer et les premières icônes du Macintosh d’Apple dessinés par Susan Kare.

Le livre, l’e-nomadisme, l’hypermodernité: morceaux choisis

Annick Lantennois aborde d’autres sujets adjacents à son récit, traitant de la culture du livre, du numérique, du développement technologique, de l’e-nomadisme… des notions qui de près où de loin concernent également les métiers de la mode (designer, presse traditionnelle ou électronique, bureaux de tendance, etc.). Morceaux choisis, à méditer.

–   « L’histoire est un récit de la connaissance dont le rôle est de transmettre et faire comprendre les conditions où s’exercent les actions, l’expérience des hommes. Le design graphique, quant à lui, est un ensemble de compétences à la fois intellectuelles (conception) et plastiques (mise en forme de contenus) dont se dotent les sociétés pour contribuer à rendre au monde une lisibilté que l’industrialisation, la mécanisation et l’urbanisation avaient opacifié. » (p. 42)

–   « Le livre est un objet emblématique dont s’est doté le christianisme dès le IVe siècle pour traduire sa conception du temps et repondre a ses pratiques intellectuelles. La culture du livre est alors l’ensemble des comportements programmés par cette structure de pensée et que l’imprimerie radicalisa. (…) La conception téléologique du temps -orienté vers une finalité- qui structure la culture du livre est ce qui la distingue de la culture numérique marquée, quant à elle, par la conception présentiste du temps, ce -présent omniprésent-« . (p. 66)

–   « Hypermodernité, hyperindustriel selon le philosophe Bernard Stiegler, surmodernité selon l’anthropologue Georges Balandier: des superlatifs comme si le langage s’épuisait à s’adapter à l’accélération du développement technologique depuis les années 80, telle une balise permettant à l’intelligence de se repérer dans un présent où le passé et le devenir semblent s’y noyer. » (p.67)

–   « Les téléviseurs, mobiles, ipods voient leur statut se modifier ils ne sont plus des terminaux mais des relais. » (p. 69)

–   « C’est pourquoi au terme « dématerialisation » devrait se substituer celui de « numérisation » qui permet de mettre en avant le processus de transformation qui mène les contenus d’un état vers un autre: des supports imprimés vers les techniques industrielles (cinéma, radio) puis vers les technologies hyper-industrielles en réseau et réciproquement. » (p. 70)

Designer, what else?

–   « Au fond, privilégier les relations entre les objets pour y revenir, permet de poser les questions de la fonction et du sens à leur assigner. Ce mode d’analyse n’est en rien nouveau. déjà  en 1947, Laszlo Moholy-Nagy écrivait: « Faire du design c’est penser en termes de relations ». (…) . » Ainsi, que conçoit Otto Wagner, en 1902, pour le Bureau des Dépêches de Die Zeit? Ou Stanley Morison lorsqu’il dessine en 1932 un caractère spécifique pour le journal The Times? Ou encore, lorsque Harry Beck, en 1933, dessine le plan du métro londonien?

(…)

Tous dessinent, designent, des identités bien sûr, tous conçoivent des objets fonctionnels destinés à aider, à accompagner les individus dans leurs lectures des informations et des espaces. Mais, au-delà de ces fonctions, ce que ces designers inventent est également, voire avant tout, les conditions nécessaires aux échanges, à la circulation des biens, des personnes et des informations. En concevant un dessin de lettre en adéquation avec l’économie de la presse moderne, en dessinant un Bureau des dépêches – l’un des maillons dans la chaîne du traitement et de la diffusion des informations – , en schématisant les parcours du métro qui favorise et rationalise le déplacement des individus, en particulier, vers leur travail, S. Morison, O. Wagner et H. Beck contribuent au processus de transformation de l’énergie en principe même. »

–   « (…) ce qui les unit est leur volonté de trouver des formes et des syntaxes en adéquation avec leur présent. »

–   « (…) réinvestir les fondements du design graphique et (…) interroger leur actualisation au regard non pas d’une dématérialisation des contenus mais de leur transformation par la numérisation, au regard non pas d’un monde dissocié entre concret et dématérialisé, mais d’un monde concret augmenté, étendu dans des environnements numériques. »

Blogs vs journalistes, un combat d’arrière garde

–   « Les instruments nomades de captation et les logiciels de traitement des images, des textes et des sons ouvrent les champs experts historiques à la participation des amateurs. La profession du journalisme en sait quelque chose qui s’inquiète de la part prise par les documents amateurs dans le traitement des événements par les grands médias, qui s’inquiète également de la multiplication des blogs d’information échappant au cadre de la presse écrite et télévisuelle. Alors, nous pourrions pleurer sur la mort du journalisme. Mais n’est-ce pas, au contraire, l’opportunité de repenser le métier de journaliste? »

Ci-dessous, un passage dédié à tous les streetstylers, car le monde de la mode s’est aussi étendu grace à l’avènement du numérique. Découvrir les looks de rue de Stockholm, Athènes, New-York ou Tokyo n’a jamais été aussi facile.

Les non-experts de mode, mais passionnés, peuvent assez simplement mettre en ligne leur propres créations sur des sites comme Etsy et pour certains même en faire leur profession. Les sites de partage et d’appel à contribution se multiplient.

La facilité d’accès aux outils fait de chacun de nous, en apparence, un designer graphiste, qui manipule les typographies et les images glanées çà et là ou un designer de mode qui montre quotidiennement ses tenues sur son blog et donne son avis sur la dernière collection de Marc Jacobs.

–   « À cet élargissement de l’espace de paroles aux non-experts, il faut ajouter l’invention puis la généralisation de la photographie qui permit aux individus de s’approprier la fabrication des images et contribua à la démocratisation des connaissances grâce, notamment, à la reproduction des oeuvres. »

Extension, Expertises et Expériences

–   « La découverte dont nous faisons l’expérience aujourd’hui est, de manière similaire, celle de l’extension et de la diversification des compétences, celle du rôle de la technologie dans les processus de démocratisation et d’élaboration de nouveaux savoirs et de nouvelles idées. À chaque fois, en contribuant à démocratiser l’accès aux savoirs et aux informations, c’est la distribution symbolique et économique des rôles et des statuts qui se redéfinit. Ce double processus de dé/refonctionnalisation impulsé par la culture numérique crée les conditions de formation d’un continuum qui remodèle les distances symboliques, économiques et juridiques entre les rôles de producteur/auteur, de diffuseur, de lecteur. Ce continuum ne signifie pas leur fusion. Il s’instaure sur un principe d’alternance volontaire, une alternance qui autorise l’extension des domaines de compétences, des rôles et des responsabilités. Il naît de la logique du réseau fondée sur l’instabilité des contours et structurées par la circulation hyper textuelle et hyper-média. »

Reste aux bureaux de style, aux créateurs, aux amateurs, à savoir comment exploiter cette masse d’information, de compétences, cette diminution des distances, ce flot-flux responsable du vertige afin d’éviter de sombrer, trop facilement, dans cet océan numérique.


Angelique Lantennois est historienne d’art et enseignante à l’école régionale des beaux-arts de Valence.

Le vertige du funambule, le design graphique entre économie et morale est disponible aux Editions Cité du design.