Comme beaucoup de femmes artistes du siècle passé, Varvara Fedorovna Stepanova est sans doute d’abord connue pour avoir été la femme de…
En l’occurrence elle fut l’épouse d’Alexander Rodchenko avec qui elle forma un couple moteur de l’avant-garde russe du début du XXe siècle.

Grande contributrice du mouvement constructiviste, son travail artistique embrasse principalement le décor de scène et la typographie.
Sa fascination pour les moyens de communication de son époque (le téléphone, le chemin de fer, la radio et le cinéma s’exprimeront avec force, vigueur et un certain radicalisme dans ses illustrations pour l’édition et l’affiche. Elle participera activement à la mise en place des institutions qui établiront les bases de la politique culturelle de la jeune Russie soviétique.

De facto son travail artistique à toujours eu pour finalité de mixer art et vie, d’aller au delà de l’esthétique, il se veut partie prenante de la condition humaine, empreint d’une certaine “réalité” (real utilitarian work).

stepanova-2 stepanova-8

Outre son invention majeure baptisée les « graphic poetry » (1917-1919), à la lecture de « Varavara Stepanova, a constructivist life » (éditions Thames & Hudson) j’ai découvert ses créations textiles (imprimés et design de vêtement).
“Coupe du vêtement et design du tissu doivent être pensés en même temps”, théorie qu’elle développera dans un de ses écrits “From clothing to pattern and fabric”.

Selon Stepanova, l’artiste doit participer activement à la fabrication et à la création de nouveaux tissus ainsi qu’à la fabrication et création de nouveaux imprimés. Il doit être en mesure de suivre tout le processus de fabrication dans un désir de standardisation et de mécanisation de la création du vêtement (nous sommes en pleine période du fordisme) .

Toutefois c’est Gabrielle Chanel, visionnaire, qui concrétisera cette idée. Alors que l’ambition de Varvara Stepanova reste confidentielle, Mademoiselle Chanel crée un standard avec sa petite robe noire (« la Ford T de la mode » —Vogue, 1926) issue de l’adaptation et de la simplification d’un modèle déjà adopté par de nombreuses femmes.
Pour l’artiste russe, chaque partie de vêtement (poches, manches, mais aussi motifs et imprimés) revêt un sens, voire défini une profession. Une attitude pas très éloignée de Gabrielle Chanel pour qui une poche doit pouvoir « accueillir l’étui à cigarette » de la femme moderne des années 20 et ne pas être qu’une décoration.

Les créations textiles de Stepanova ne sont pas un transfert de son art sur le tissu mais de pures créations basées principalement sur l’utilisation de trois formes géométriques (le cercle, le triangle et le rectangle) et d’une ou deux couleurs. Se créent alors des effets d’optique pré-vasarelyens et une dynamique singulière qu’elle appliquera au vêtement utilitaire et au vêtement de sport.

stepanova-10 stepanova-12 stepanova-13 stepanova-17 stepanova-18 stepanova-19

A rapprocher d’une série d’imprimés réalisés (?) il y a quelques saisons par Fila et dont je ne retrouve pas la source. Mais aussi de bien d’autres équipementiers de sport ou de marque d’urbanwear (HBA…).

fila-stepanova-inspired

 

Liens à consulter

Pinterest Soviet textile

Radical chic: Avant-garde fashion design in the Soviet 1920s

Soviet textile design

A propos de l'auteur

Christian Poulot

Editor-in-chief and founder | Fashion design, Digital fashion creation, Media for fashion & Digital Culture lecturer | Fashion & Graphic designer

Articles similaires

All the love !

Si vous aimez Le Modalogue, please cliquez sur le bouton ci-dessous!