Un bref résumé de la seconde journée du colloque international « Faire l’histoire de la mode dans le monde occidental » qui à pris place aux Arts Décoratifs en mai dernier.

« Depuis quelques décennies, la mode a cessé d‟être conçue comme un répertoire de formes en perpétuelle évolution, que le chercheur s’épuiserait à observer pour en faire l‟inventaire, aussi illusoire qu’inutile. A la suite des travaux de Georg Simmel, Norbert Elias, Roland Barthes, etc, les manières de vêtir et de parer le corps ont été abordées à partir de concepts qui ont inscrit l’individu dans un réseau de normes sociales. Les recherches menées en histoire du corps ont ajouté de nouvelles dimensions à ce domaine de recherche. Sur ces bases, et par référence aux processus contemporains qui promeuvent les modes de masse ou uniformisent la gestion des attitudes et des postures, les quelque soixante dernières années auraient pu voir naître des coopérations internationales plus nombreuses, plus ouvertes. Tel n’a pas été le cas et bien des cloisonnements demeurent.
Ce colloque international propose une réflexion pluridisciplinaire sur les expériences, les concepts et les discours des musées ou des universités, sur leurs origines intellectuelles et les cadres institutionnels qui permettent de les produire, dans la diversité des contextes locaux ou nationaux. L’objectif est de mieux comprendre les différentes logiques scientifiques pour faire apparaître de nouvelles convergences dans le domaine de la recherche, ouvrir sur une coopération internationale renouvelée. » —ArtsDécoratifs
Lien vers le programme

Le couvre-chef dans la première moitié de l’époque moderne, absent omniprésent

par Tiphaine Gaumy, doctorante, École nationale des Chartes – Paris Sorbonne.

– Le couvre-chef d’infamie
– La question du « salut, »,  qui consiste à retirer le couvre-chef (même le roi salue le paysan)

L’art du tailleur : étude des publications sur la coupe et de la construction des vêtements du XVIe au XVIIIe siècle

par Sébastien Passot, formateur en histoire de la mode et de costume au GRETA CDMA.

– Dresser un état des lieux des différentes sources pour étudier et refaire des vêtements anciens
– Ouvrages des tailleurs. Au XVIe siècle les vêtements ont atteint un certain niveau de complexité et ce depuis le XIVe siècle (cf. le pourpoint, le vêtement ajusté…)
– Les livres de “chef d’œuvre” (quelques exemples ci-dessous) sont des ouvrages conservés secrètement au sein de la guilde. Ils sont mis-à-jour (ce qui entraîne les modèles “démodés”)

La première source d’information sont des ouvrages du XVIe siècle dont 8 ou 9 sont conservés aujourd’hui, on y trouve:

♦ 1580, « POLISH TAILOR CUTTING GUIDE »

polish-tailor-cutting-guide

Lien

♦ 1580, « LIBRO DE GEOMETRICA, PRATICA Y TRAÇA »

Le livre numérisé (ce qu’il en reste!): lien

Il s’agit de la première publication imprimée basée sur la coupe (disposition sur le lé, soit une coupe économique) et non l’assemblage. L’ouvrage s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Auteur:  Juan de Alcega

♦ 1618, « GEOMETRIA Y TRAÇA PERTENECIENTE AL OFICIO DE SASTRES »

Un livre de patrons, 323 pages. Auteur: Francisco de la Rocha de Burguen

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Le livre en version numérique

Vêtement réalisé à partir d’un des patrons du livre: lien

– Le tissu est extrêmement cher et précieux au XVIIe et XVIIIe siècle, donc l’économie de celui-ci est très importante. Toutes les chutes doivent être restituées. Le sujet est largement légiféré.

♦ 1671, « LE TAILLEUR SINCÈRE »

C’est le 1er ouvrage français sur la coupe. On y traite de vêtement atypiques, du vêtement militaire, ecclésiastique et du vêtement “de pauvre”. Auteur: B. Boullay

Le livre numérisé: lien

♦ 1769, « L’ART DU TAILLEUR »

Auteur: M. de Garsault qui a aussi écrit « L’art de la lingerie » (lien) et « L’art du perruquier » (lien)

– 1775, les femmes sont autorisées à exercer le métier de tailleur

Autre source d’informations…

– Par des savants et des peintres qui souhaitent transmettre l’information, une préoccupation très présente au XIXe siècle
– « A history of Costume », par Carl Kolher, 1928 à pour originalité de montrer les vêtements sur des modèles vivants. Le livre en pdf (lien)

– L’illustrateur français Maurice Leloir (Biographie)

– « The cut of women’s clothes, 1600-1930. », publié en 1968, auteure Norah Waugh, fait référence parmi les costumiers
Aperçu du livre: lien

– « Corsets & Crinolines », publié en 1954, auteure Norah Waugh et la question des dessous féminins
Aperçu du livre: lien

Ci-dessous Costume in details, Nancy Bradfield

nancy-bradfield

– « Patterns of fashion », publié en 1964 et « Queen Elizabeth’s wardrobe », publié en 1988, auteure Janet Arnold
Où l’on trouve pour la premiere fois des détails et des notes de construction.

Janet Arnold sur Pinterest: lien
Nécrologie de Janet Arnold: lien
Aperçu du livre Pattern of fashion: lien
Aperçu  de Queen Elizabeth’s wardrobe: lien

– Nancy Bradfield, présente les vêtements sous la forme d’un carnet de notes
Aperçu du livre: lien

… via une approche plus scientifique…

…s’adressant aux professionnels des musées

– « Costume close up  (1750-1790) » est un ouvrage essentiel publié en 1999 par les auteurs Linda Baumgarten, John Watson et Florine Carr, un examen en détail de la mode du XVIIIe

– « Seventeenth-century Women’s Dress Patterns » publié en 2012 par les auteurs Susan North, Jeremy Tiranami est un ouvrage très détaillé

– A consulter: « The school of historical dress » à laquelle font partis les écrivains sus-cités: lien

 … ou qui ne s’adresse pas forcément aux costumiers

À partir des années 80 plusieurs ouvrages seront publiés dont ceux de Johannes Pietsch (ci-dessous) qui à étudié le vêtement bourgeois du XVIIe siècle: lien vers son site et un passionnant Creative Mornings sur l’histoire du sac (lien)

johannes-pietsch-creative-morning-2

A voir à la rentrée Tulip Fever (avec Judi Dench, Cara Delevingne et Cressida Bonas ci dessous) ou l’actualisation du costume du XVIIe siècle.

tulip-fever-cressida-bonas

– Tout ces écrits permettent de connaître celui qui porte le vêtement, sa silhouette et son statut social, mais aussi celui qui à fabriqué le vêtement.

– Il est possible d’en savoir plus sur l’état du vêtement, sa datation ou s’il a été réutilisé pour des bals costumés par exemple.

– Etudier la coupe et la construction permet de transmettre au public quelque chose de rigoureux. Ce qui n’est possible que par l’étude.

Some famous british designers

– Norman Harnell, famous british designer of the british royalty: lien
– Brenda Naylor à écrit « The technique of fashion design », 1975: lien

Researching and Teaching from Things – Université de Brighton

Dress History Teaching Collection par Charlotte Nicklas, docteure, Dress History Collective, School of Humanities et Lou Taylor, professeure, Dress History Collective, School of Humanities, Université de Brighton.

– Enseignement à partir de la collection de l’école qui embrasse la période de 1775 à 2015 – Design history and museology based program (european, american and african)
– Les vêtements sont collectés grace à des donations, des achats dans des friperies, etc.
– L’objectif de l’école est d’accompagner l’enseignement par l’étude du vêtement ancien ou contemporain. Permettre aux étudiants de « toucher » et étudier les vêtements anciens.
– Promouvoir l’étude du vêtement du quotidien rarement présenté dans les collections des musées.
– L’université de Brighton collabore régulièrement avec Dominique Veillon, historienne, directrice de recherche honoraire au CNRS. Lien vers le site Histoire de Mode, de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP) et les écrits de Dominique Veillon.
– A voir (ci-dessous) les nombreux imprimés de Walter Fielden Royle (1900-1981). Lien vers les archives digitales

walter-fielden-royle-prints

An unexpected story, exemple de cas d’étude autour d’un parasol ou la recherche depuis les objets (research and teaching from things)

– Notion de matérialité des objets

Ci-dessous parasol, circa 1850parasol-1850

Démarche des étudiants:
Observation > Prise de mesures > Observation du tissu et des franges > (…) > Les étudiants remarquent des écrits et notent que c’est une adresse (celle de la boutique) > Retour sur les lieux > Remontée dans le temps, à l’origine de la création de la boutique > (…) > Recherche online permet de trouver que cette ombrelle est un carriage parasol family > La recherche permet de retrouver sa gamme de prix qui est basse et donc d’appréhender le statut social de son propriétaire > (…) > Pendant toute leur recherche les étudiants collectent des données textuelles, iconographiques et sonores > Ils trouvent des tableaux d’artistes > (…) > Découvrent que ces parasols servaient à maintenir la pâleur du teint des anglaises > etc…

Il s’agit donc d’une veritable enquête, une investigation utilisant tout les moyens possibles: visite de musées, consultation en bibliothèque, Google search. À la suite de çà les étudiants produisent un mémoire de plusieurs centaines de pages.

Au sujet des « damaged clothes » – Université de Brighton

– L’université dispose d’une vaste collection de « damaged clothes », un matériau d’étude.
– Depuis le moyen-âge les vêtements en fin de vie étaient donnés à des chiffonniers contre « l’assiette du chiffonnier » (poteries, verres, etc.): lien,  puis vendus en gros.

Ci-dessous Chiffonniers, cité Valmy, Porte d’Asnières, photo Eugène Atget , 1913, épreuve argentique N&B
atget-chiffonniers

– Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les chiffoniers ont disparus et les vêtements sont restés à l’appétit des rats !
– Successivement pendant les années 60 puis au début des années 90 est apparu la vague du vintage et de l’upcycling auquel ces vêtements usagés ont participés avec des designers comme Marc Jacobs ou Xuly Bet

Ci-dessous, « damaged pull » vu chez Cosmo & Richard Wise, Londres

spitafield
– Cosmo & Richard Wise, célèbres vendeurs à Spitafield de vêtements (très) usagés sous le label De Rien, vend également aux studios de création pour l’inspiration. Voir le reportage de The Selby: lien
– En découle le courant hobo chic (littéralement clochard chic) qui est rapidement devenu un business pour Ralph Lauren et Philippe Plein (celebrity endorsement) vendant des vestes et des jean entre 1300 et 1700 euros. Chez Cosmo Wise la veste sur mesure est à 800 euros.
– « Where is the morality in the social media exploitation of actual hobos? »

hobos

– Ce vêtement définit aussi ce que l’on appelle le working class hero, célébré par Bob Dylan, Bruce Springsteen, John Steinbeck et John Galliano
– Toucher les vêtements anciens permet aux étudiants d’améliorer leur connaissance, cependant on ne peut pas porter un vêtement des années 50 aujourd’hui comme on le portait à l’époque. Une des principales raison est que l’on ne porte pas les mêmes sous-vêtements qui « sculptaient » le corps différemment.

– A visiter la boutique de Jocelyne Milani aux Puces de Vanves, Paris
– A voir: le site de Lois Davidson: lien

A lire les écrits de Lou Taylor (lien), professeure université de Brighton qui sont des références: lien

Fashion Victims

– A lire à la rentrée, une histoire du vêtement vue à travers ses victimes. Transmission de maladies (variole…), par empoisonnement, par accident ou enchevêtrement (cf. Isadora Duncan ou les process industriels) par transmission de substances toxiques employés dans leur fabrication (mercure…)

– A lire (septembre 2015): Fashion victims, The Dangers of Dress Past and Present : lien

– A lire un ouvrage sur l’usage de l’arsenic dans la coloration des robes au XIXe siècle et la phobie que cela à généré. James C. Whorton, « The Arsenic Century »: lien

Des peintures murales médiévales aux reconstitutions pédagogiques

par Nadège Gauffre Fayolle, doctorante EHESS, commissaire scientifique de l’étude et Pascale Court, responsable de l’unité Publics, Musée savoisien, Chambéry

Ci-dessous, fresque du château du Cruet, Savoie (source)

fresque-du-cruet

Des peintures murales de la fresque du Cruet (XIVe siècle), d’après le Roman de Girart, une étude à été menée et une reconstitution historique des costumes commandée.

– Le désir est d’accompagner le public avec la vérité scientifique, un travail de vulgarisation.
– Ne pas laisser ces discours uniquement aux scientifiques, désir de concrétisation
– Replacer le vêtement dans le contexte de l’évolution de la mode
– Identifier les matières des vêtements et des accessoires
– Transmettre la sociologie du fait vestimentaire (pas seulement la forme)
– Toutes ces informations sont rassemblées grace aux inventaires après décès, aux fouilles, etc.
– Le projet fait intervenir une historienne du costume et une couturière à qui ont été transmis toutes ces informations
– Il s’agit d’un travail d’adaptation de la coupe et des matériaux pour des modèles pédagogiques

Au sujet de Martin Margiela…

– « It’s not about fashion, but clothes, it’s timeless » —Marlene Mock

– « Fashion is sexy, art is up in the clouds. This is what makes Margiela’s case a bit more difficult to work out. He is both. » –Simon Grant

– « If you want a well considered knit, a fabulously tailored jacket, or a drapy tee that works so much harder than a basic should, then Margiela is the go-to brand. » –Claudia Croft

 

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