Peau neuve #2

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« Impression » Justin Bartels

Sans titre-1« Impression » est une série de photos réalisée par Justin Bartels. L’artiste traite de l’empreinte du vêtement sur le corps. C’est cette fusion qui m’a intéressé, comme une sorte d’emprise à double sens. Le vêtement devient partie intégrante de la chair alors que celle-ci l’enferme, il est impossible de les distinguer séparément. Ces clichés m’ont rappelé ceux d’Erwin Blumenfeld (ancien photographe de mode ayant participé au mouvement Dada), dans sa série « Wet silk » (ici). La soie emprisonne le vivant, tout en se formant au gré du mouvement, épousant la peau, et par ce fait est elle aussi détenue.

Ces œuvres nous questionnent sur le support et l’objet, lequel est dessous, lequel est dessus? Lequel des deux domine?

A découvrir ici

Dans le même esprit, les premières silhouettes du défilé SS/1998 femme Issey Miyake, ici.

« Delivrance », Alexander McQueen

Ci-dessus un extrait du défilé prêt-à-porter Femme SS/2004 d’Alexander McQueen. Si les représentations du créateur furent pour la plupart surprenantes, je trouve l’atmosphère de celle-ci particulièrement troublante. L’harmonie est totale. La musique, Strangers de Portishead sur l’album Dummy, est à la fois douce et rythmée. La lumière laisse apparaître des corps déambulants, agiles et aériens. Une performance pleine de nonchalance et d’ivresse, qui amène les vêtements comme des ondes. Presque invisibles, mais présents.

Le défilé entier (18 mn) visible ici

Concernant Alexander McQueen, « The Archivist » regroupe en deux boards (ici et ici) près de 1000 silhouettes réalisées par le créateur (pour Givenchy ou pour sa propre maison), des archives surprenantes et engagées des années 90, très inspirantes.

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Inspiration? Sérendipité et curation du néant

Comment passe-t-on de la campagne été 2014 de Kenzo (ci-dessus), fortement empreinte de surréalisme, à une série de pochettes hantées par les toiles de René Magritte, du groupe new-wave-art-rock des années 80 Talk Talk…

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… puis aux tableaux Le siècle des Lumières (1967) et Shéhérazade (1947) de René Magritte?

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À l’aube du XXIe siècle nous sommes tous des curators…

Naviguer sur internet… Suivant les lois de la sérendipité, les images surgissent s’enchaînent, chaotiques, obéissants aux froids algorithmes, nous voilà submergés. Les outils nous bercent d’illusion créatives, nous créons des collections… d’images. En fait nous ne faisons que classer, simple activité administrative. On « tag », on « pin » fièrement tel un bon petit ouvrier de la Matrice, commissaires d’exposition de notre propre show sur la Toile. Tous curators…

Peut-on donner du sens à notre boulimie iconographique et visuelle?

On néglige souvent le fait de créer du sens aux agencements que l’on crée (ou alors on ne sais pas comment). Il faut un réel engagement pour que les images se rencontrent avec une signification. Cette navigation has(hard)euse peut à la fois être dérangeante ou heureuse, tout dépend du point de vue où l’on se place. Je me souviens d’une recherche récente sur une jeune créatrice d’objets de luxe qui me renvoyait systématiquement les images des ébats d’une actrice porno… Cohabitation délicate.

Stop ou encore?

Comment sortir de cette spirale exploratrice? comment éviter de naviguer au hasard, d’image en image en espérant trouvant l’île au trésor? Dans curation il y a le mot cure (guérison). Comment se soigner de cette envie frénétique d’organiser à des fins non réellement définies les iconographies? Apprendre à naviguer, à créer une méthodologie afin d’éviter le piège grisant de trouver ce que l’on ne cherche pas et qui tout à coup revêt un caractère primordial.

Retour au réel, ma brève déroute nocturne, de Kenzo à Magritte, avec comme fil rouge le Surréalisme, porte mon regard sur le magazine surréaliste Permanent Food (photos ci-dessous), créé par l’artiste italien Maurizio Cattelan et Paola Manfrin, que j’ai reçu il y a peu de temps.

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La revue (réincarnée en Toilet Paper en 2010) compile des photos glanées dans les magazines et mises en regard sur chaque double page. Aucun crédit, aucune référence, tel un moteur de recherche manuel, les images s’entrechoquent, en apparence au hasard, de manière brutale, poétique ou ironique. Même aléatoire, d’après l’artiste, la démarche n’est pas dénuée de sens artistique et les calculs sémantiques des moteurs de recherche actuels n’en sont pas encore à ce niveau de sophistication. Chaque page tournée nous interroge, provoque notre intelligence, voire nous inquiète car on redoute la prochaine association… On peut établir un parallèle avec le travail de Raymond Depardon (ici) réalisé entre 2004 et 2010 et celui des Google Street View. L’un est intentionnel, l’autre systématique, à sujet identique résultat différent.

La sélection d’image de Permanent Food, parce qu’elle est manuelle et donc forcément engagée (elle fait écho à un choix) est hautement plus disruptive qu’un moteur de recherche avec Safe Search désactivé…

Nos sérendipités et nos classements sur les board à succès sont malheureusement loin de provoquer de tels émois, faisant de nous des curators du néant.

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Tous Autour de Lucie

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Concert intimiste l’autre soir au Salon de Musique de l’espace 104. Ci-dessous Sébastien Lafargue et Valérie Leulliot performing leur pop-rock mâtiné désormais de sonorités électro.

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Precious moments | Hannah Martin

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Chers lecteurs,

j’ai rencontré Hannah Martin il y a deux ans, lors d’un délicieux dîner organisé par Hélène Leblanc. Basée à Londres, elle crée des bijoux pour homme et femme au style très singulier. Il y a quelques semaines, de retour à Paris, elle présentait dans l’intimité, sa nouvelle collection.

Il s’agit d’une des très rares maisons de joaillerie fine s’adressant à la clientèle masculine. Equilibriste, Hannah cultive sur elle, un style punk-rock & chic non galvaudé. Tout dans son regard et dans sa voix laisse deviner cette préciosité et cette excentricité propre aux sujets de sa majesté.

Comme son style, ses collections sont le fruit, elles aussi, d’une délicate harmonie. Androgynes ses bijoux se conjuguent autant au féminin qu’au masculin et le diamant n’est lui pas réservé à la femme. L’homme porte collier à double rang de perles noires Akoya. Alors les filles ne se gêneront pas et iront piquer dans la boîte à bijoux de leurs boyfriends, les boucles d’oreilles en or rose ou encore l’iconique (au poids phénoménal) Eagle gun icon ring de la collection Aguila Dorada!

Ci-dessous: L’Eagle gun icon ring, or jaune et or rose, édition limitée à 25 exemplaires (c) Hannah Martin

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Le talent d’Hannah Martin est dans sa capacité à synthétiser, dans ses mini-sculptures faites entièrement à la main, à la fois un design contemporain, élégant et surtout non caricatural comme s’est malheureusement souvent le cas dans cet artisanant et ces thématiques.

Ces créations, en quantité limité, où se marient lignes fortes et faibles, droites et courbes, évoluent et s’agrémentent ces dernières saisons de pierres précieuses, saphirs et rubis, pour répondre aux demandes de la clientèle toujours plus exigeante et désireuse de nouveauté.

Bijoux de dandy décadent façon David Bowie, de trader au style décomplexé ou d’anonymes au goût affirmé, la luxueuse joaillerie rebelle d’Hannah Martin crée de futurs classiques.

Hannah Martin

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L’Ecole Van Cleef and Arpels | La tradition de l’excellence

Nichée au coeur d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle, l’École Van Cleef & Arpels, ouverte depuis deux ans à l’initiative de Marie Vallanet-Delhom, la présidente de l’école, nous invite au sein de sa nouvelle adresse, place Vendôme. Un environnement où l’on se sent vite à son aise, tant les locaux sont étudiés avec raffinement et élégance. Du pur luxe tout en discrétion à l’image de la maison.

Nous sommes guidés le long d’une balade pédagogique au cœur de l’école, une évolution étudiée avec goût et ingéniosité.

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Destinée à révéler une partie du monde très confidentiel de la Joaillerie et de l’Horlogerie, L’École Van Cleef & Arpels met en œuvre des rencontres intellectuelles avec des professionnels renommés, tels que des historiens, des gemmologues, des joailliers, des illustrateurs et bien d’autres.

Le but premier de cette rencontre? Donner une approche émotionnelle, sensorielle et professionnelle de ces métiers d’exception, partager une histoire et un savoir-faire unique avec un public venu du monde entier et découvrir les trésors de la grande maison parisienne. Une expérience de qualité aussi rare qu’exceptionnelle, aussi enrichissante que singulière.

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L’École se dissocie par son programme pédagogique. Il se regroupe sous treize cours d’une durée de quatre heures chacun, dispensés en français et en anglais, répartis sous trois thèmes: l’histoire de l’Art, le Savoir-Faire, le Monde des Pierres.

Le succès de l’École Van Cleef & Arpels semble reposer sur la pédagogie professionnelle et innovante qu’elle offre à ses 2200 élèves.

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Texte Juliette Druelle + Karen N’Zila

Photos Juliette Druelle

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Young Bloods | Rad Hourani, le visionnaire

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Né en Jordanie, Rad Hourani s’installe à Paris en 2005 et lance sa marque éponyme en 2007. Rad est le premier designer canadien à intégrer la grande famille de la Chambre Syndicale de la Haute Couture française.

S’illustrant comme le premier créateur unisexe à entrer dans le secteur de la Haute Couture, Hourani « défie » les codes prédominants dans l’univers de la mode.

Pionnier de l’unisexe, Rad Hourani affirme avec ferveur que la condition humaine peut se manifester librement, sans limitation ou d’injonctions.

Sa philosophie ayant pour but d’abolir les frontières, serait de créer un nouveau monde sans âge, sans sexe et ni appartenance religieuse.

«Je n’ai jamais commencé par dessiner des vêtements réels. Je commence par dessiner l’architecture des formes, des lignes et des motifs.» dit-il.

Le designer construit ses collections de la même manière que les architectures qu’il réalise.
Sa collection Fall 2013 en dit long sur ses capacités de construction. Son jeu de torsions réfléchies, de superpositions et son choix de matières apportent un intérêt visuel à chacun de ses défilés.

Rad pousse ainsi, à son paroxisme la recherche de proportions et de volumes.
Sous cette étude complexe de la transformation, il continue de surprendre, et semble ne pas vouloir s’arrêter en si bon chemin.

Photos © style.com

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Precious moments | Jiang Qiong Er, Shang Xia

Année mouvementée et pleine de rebondissements pour Shang Xia en cette année du cheval.

Ci-dessous, Mme Jiang Qiong Er, directrice générale et directrice artistique de Shang Xia

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Spiritualité, hasard et signes du destin

L’emplacement de la boutique Shang Xia (marque de luxe créée en 2007 par Mme Jiang Qiong Er,) à Paris est rempli de romances. Le bâtiment, qui fait penser à la proue d’un navire, abritait jadis l’Abbaye-aux-bois construite au milieu du XVIIe siècle. L’immeuble à également acceuilli le salon de Madame Récamier et d’illustres écrivains (Lamartine, Chateaubriand entre autres). La boutique est emplie de résonances vibratoires, le maître Feng Shui qui est intervenu dans son aménagement intérieur à su créer une véritable promenade, une circulation du Chi (énergie) à l’intérieur de la boutique.

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Rencontre culturelle

Lorsque Shang Xia s’est installé en septembre 2013 sur la rive gauche, le quartier de l’art de vivre, il avait un fort désir de partager cette dimension spirituelle.

Jiang Qiong Er et ses équipes ont alors imaginé un véritable petit happening, « le Mysterious Masked Man ». Habillé par les stylistes maison, il s’est promené avec des petits sacs de riz, symbole de la culture chinoise, de Shangai à Pékin (en passant par la Cité Interdite). Puis ce fut le Louvre, la Tour Eiffel et les Champs-Elysées, chaque étape se terminant au pied de la boutique Shang Xia, provoquant étonnements et interrogations.

Comme le montre cet évènement où tout semble aller au ralenti. Cela prendra du temps d’intégrer la culture chinoise. Jiang Qiong Er, 36 ans, qui a fait une partie de ses études à France avant de retourner en Chine en est bien consciente et le revendique. « Il faut faire confiance au temps » dit-elle, « La beauté de Shang Xia réside dans l’art de la lenteur, l’important c’est la continuité ».

Créer des émotions

C’est un rapport au temps (cf la cérémonie du thé) que nous avons perdu en Occident que Shang Xia veut recréer à travers les très luxueux objets que les artisans disséminés dans toute la Chine fabriquent quotidiennement.

Challenge

Il est important que chaque artisan reste dans son cadre de vie, nul envie de tous les réunir à Shanghai, afin que ce projet parti de zéro, puisse évoluer vers un système en bonne santé.

Les ateliers qui n’avaient aucun structure de management, fabriquaient soit des objets extraordinaires comme un éléphant en tissage de bambou de plus de 2 m de haut, nécessitant un an de travail, provoquant admiration mais pas forcément le besoin. Soit très peu d’objets mais de facture différentes. Aujourd’hui les produits créés sont « utiles » pour des clients fortunés, en quantité limité mais réguliers.

Les produits créés sont nouveaux et ne se contentent plus de reproduire le folklore chinois (autour du tissage et de la calligraphie), d’autres histoires et d’autres valeurs sont intégrées. Couplé à une nouvelle génération d’artisans l’ensemble s’avère très stimulant.

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Et Hermès dans tout çà?

« La maison Hermès à qui j’ai présenté le projet nous a laissé carte blanche depuis le début » déclare la jeune directrice. Le sellier de luxe nous soutient et intervient dans toutes les décisions mais la décision appartient aux équipes de l’Empire Céleste car c’est un projet chinois avant tout.

Ci-dessous, un bougeoir, objet iconique de la maison Shang Xia, merveille du tissage en bambou de 0,3 mm (nécessitant 3 jours de tissage). Avec le temps le bambou va se patiner et acquérir une beauté singulière.

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Young bloods | Yang Li, l’ennemi des diktats de la mode

Yang Li, Spring 2014, © style.com
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Né à Pékin, Yang Li a grandi à Perth (Australie) et étudié à Londres à la Central Saint Martins School. Passé dans le studio de Raf Simons (dont il admire le travail) et celui du britannique Gareth Pugh, Yang Li crée sa première collection en 2011.

Traduisant, à travers ses collections, la vision glaciale qu’il porte au monde qui l’entoure. Le designer insuffle de l’émotion et un semblant de vulnérabilité à travers ses créations. Yang Li serait semble t-il, un designer incompris.

Encore en phase d’élaborations, de recherches sur les proportions (la maxi-silhouette) et volumes, Yang Li est un créateur qui ne demande qu’à mûrir afin d’approfondir son esthétisme ainsi que son univers créatif.

Ce que nous pouvons retenir de la collection: le travail de proportions, l’absence d’ourlet, la transformation de la veste en cuir.

Sa mode aux antipodes des codes préétablis par la société, nous pousse à croire en ce visionnaire, semblable aux débuts de Yoji Yamamoto.

Yang Li à choisi de défiler à Paris.

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