New Wave, Nouvelles Vagues

La Nouvelle Vague c’est Godard, Truffaut… Bernadette Lafont (RIP).

Nouvelles Vagues s’inspire de cette époque du cinéma français pour titrer une immense exposition qui se tient principalement au Palais de Tokyo et se diffuse dans toute la ville de Paris, jusqu’au 9 septembre. Au menu 21 commissaires d’expositions ont sélectionnés des centaines d’œuvres, éclectisme et richesse des propositions sont au menu.

Au fil de cette monstration naît une réflexion sur le métier de « curateur » (« celui qui prend soin » en français) dont on parle tant aujourd’hui. Le curateur est multidisciplinaire, transversal. C’est une nouvelle génération qui emmène avec elle une nouvelle façon d’appréhender l’art. Le curateur « met en scène » une exposition, il est story-teller, raconte une histoire autour d’un thème ou d’un artiste.

On est tenté de rapprocher le terme de « curateur » de celui de « sélecteur » (cool-hunter) employé depuis une dizaine d’années par les spécialistes de la mode et de tout ce qui touche de près ou de loin au lifestyle? Sarah de chez Colette n’est-elle pas « curatrice » d’objets certes « de consommation » mais qui sont souvent produits en édition limité? Andy Warhol disait bien « Quand on y songe les grands magasins sont un peu comme des musées. »

Pour compléter: Lire l’article passionnant d’Emmanuelle Lequeux, « Curateur, le plus jeune métier du monde ».

Ci-dessous: Ricardo Brey, Wing Beats, 2006, curateur Jesse McKee (Canada)

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Emilie Pitoiset dont les réalisations et la démarche rappellent celles du collectif berlinois Bless. Ici l’objet (le vêtement) est dans un entre-deux temporel, passant du rang d’objet à celui d’objet ritualisé (objet d’art).

Ci-dessous: Emilie Pitoiset, The story teller, 2013, curatrice Sinziana Ravini (Suède)

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Ci-dessous: Emilie Pitoiset, La Doublure, 2013, curatrice Sinziana Ravini (Suède)

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Ci-dessous: Emilie Pitoiset, Les indiscrets, 2013, curatrice Sinziana Ravini (Suède)

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Au sein du Palais de Tokyo, les passages entre les différents lieux d’expositions sont laissés à l’état brut.

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Un dessin représentant le Palais de Tokyo, méticuleusement gratté par l’artiste Leyla Cárdenas. Œuvre éphémère, où le mur support de la création, révèle ses secrets et son histoire avant d’être nettoyé et recouvert par la peinture blanche, prêt à recevoir les nouveaux accrochages.

Ci-dessous: Leyla Cárdenas, Removido, 2013, curatrice Anca Rujoiu (Roumanie)

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L’installation « Going away » réalisée par les étudiants de la Columbia University’s Graduate School of Architecture et avec le concours de Phillip Anzalone (directeur du LABS) et de Michel Serratrice (architecte) étudie les frontières entre art plastique et architecture et notre rapport à l’espace.

Les étudiants de la Columbia University’s Graduate School of Architecture (Arkadiusz Piegdon – Claire Kao – Da vi Weber – Diego Rodriguez – Harry Byron – Jaclyn Jung – Jim Stoddart – Mondrian Hsieh – Sissily Harrell – Taylor Miller – Tianhui Shen – Vahe Markosian) avec l’artiste Tomas Saraceno, « Going away », 2013

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Véritable nœud gordien, les hybridations « synaptiques » urbaines et végétales de l’artiste brésilien Henrique Oliveira (ci-dessous). Tout comme chez Leyla Cárdenas (plus haut), la structure du bâtiment fait corps avec l’œuvre et semble ouvrir une troisième voie d’interprétation.

Ci-dessous: Henrique Oliveira, Baitogogo, curateur Marc Bembekoff (France)

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Ci-dessous: Henrique Oliveira, Baitogogo, curateur Marc Bembekoff (France)

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Style | Walter Van Beirendonck

L’éclatant designer du groupe des « six d’Anvers », présentait sa nouvelle collection masculine le 26 juin dernier au sein de la Rotonde du glacier de l’Opéra Garnier. Un défilé très créatif, comme toujours.

La galerie dédiée au défilé est baignée par une lumière de fin d’après-midi. Une musique envoûtante envahi l’espace alors que le premier modèle entre en scène et nous voici plongés dans l’univers décalé du créateur belge.

Des silhouettes aux cheveux d’or (qui font écho au lieu), arpentent les allées. Elles apparaissent comme des personnages surréalistes vêtus de costumes aux épaules très marquées. Un double jeu entre élégance, sobriété et décalage excentrique façon Bowie.

Des imprimés quasiment omniprésents dans les tons pastels et des jeux de volumes très graphiques rythment les silhouettes imaginées par le créateur flamand, perturbent les lignes, laissant croire que veste et pantalon ne forment plus qu’un.

Le créateur flamand n’en n’oublie pas moins la fluidité et la légèreté propres à la période estivale. Il propose de larges tuniques, des tee-shirts et des pantalons en soie dans des tonalités colorées.

Un défilé tout en délicatesse, rêverie et poésie.

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Un an après avoir fermé son magasin d’Anvers, Walter Van Bereindonck revient au sein d’une boutique située en plein cœur du quartier de la mode. DVS, mêlant haute couture au design, créée par le créateur avant-gardiste Dirk Van Saene est un concept store de luxe dédié aux collections de talentueux créateurs belges.

DVS, Schuttershofstraat 9, premier étage, 2000 Antwerpen.

Photos Juliette Druelle

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Style | Dior Homme

A quel jeu joue Kris Van Assche chez Christian Dior?

Une invitation se présentant sous la forme d’une affichette où l’on peu voir un labyrinthe dont les parois sont faites de dominos. Les mannequins défileront autour et dans un labyrinthe dont les parois sont elles constituées de miroirs, reflétant l’assistance, découpant les points de vues et les structures du lieu dans toutes les directions, comme autant de « morceaux » de puzzle que l’on pourrait ré-agencer à sa guise. C’est peut-être cela le message de cette collection.

Ré-agencer, porter la veste de costume avec un short, une veste sans manches avec un pantalon, mixer les longueurs short/veste et imperméable et ainsi de suite. Nul besoin de beaucoup de formes pour réaliser ces multiples « montages », Kris Van Assche le prouve saison après saison il sait aller à l’essentiel.

A cette « économie » de formes quasi rigoriste, qu’affectionne le créateur belge-flamand s’ajoutent des silhouettes aux allures presque raides. Les chemises, les vestes, les manteaux et imperméables d’été sont « taillés » à angles droits comme le tracé du labyrinthe, mais ne négligent pas une certaine fluidité. Les rares motifs (peut-être doit-on dire composition) quasiment ton sur ton le sont également rappelant la structure des tableaux de Pietr Mondrian aux couleurs descendues.

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Tout comme Mondrian, Kris Van Assche utilise des moyens réduits et use de sa subtilité créatrice pour multiplier les propositions. « The sun must have his shade », ce vers issu de Follow thy fair sun, poème de Thomas Campion (1567-1620) qui orne le carton d’invitation illustre parfaitement cette idée.

Il ne s’agit point ici d’une rigueur conservatrice aux accents de frilosité, mais plutôt un désir d’universalité. Comme si à travers cette collection le créateur de la maison Dior recherchait l’abstraction des formes. L’ensemble se trouve empreint d’une certaine modernité que l’on ne peut qu’apprécier.

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dior-men-ss2014-14dior-men-ss2014-15dior-men-ss2014-16dior-men-ss2014-17dior-men-ss2014-18dior-men-ss2014-19A la fin du défilé, les mannequins doivent retrouver leur chemin au sein de ce dédale créatif…

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Installation | Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture parisienne

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Ci-dessus: Helena Denize –

Le jeudi 20 juin, c’est au cœur d’un immeuble à l’architecture du siècle dernier que les étudiants de la Chambre Syndicale de la Haute Couture parisienne présentaient leur collection autour d’un cocktail.

Nous entrons dans le hall, le plafond habillé par un nuage de crayons de couleurs, les modèles des étudiants exposés sur les stockmans, le lien à la créativité est alors évident, le ton est tout de suite donné.

Bien que le niveau général des étudiants soit très élevé, certains m’ont davantage intéressé.

Xavier Da Luz

23 ans, étudiant en 4e année, propose un travail tout en contradiction, en opposant les matières, les volumes, les coupes féminines aux coupes masculines.

Il met en scène des textiles innovants (il crée lui-même ses textiles) et nous parle de tissu à thermorégulation. Ses inspirations? Ces grands manteaux tibétains qui couvrent entièrement le corps et dans lesquels on a envie de s’installer pour s’y blottir. Il compose également sa collection de pièces près du corps. Pièces d’inspirations architecturales, qu’il crée en assemblant cuir et fourrure à la manière de Paco Rabanne et sa mythique robe en plaques d’aluminium.

Morgan Dannet

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23 ans, m’a également beaucoup plu. Il réalise une collection en lien avec l’architecture, un travail complexe d’assemblages et de découpes de différents cuirs. Les textiles proposés rappellent le travail des architectes constructivistes. Ses silhouettes à l’allure géométrique et un brin futuriste, suggèrent un paysage urbain. On pourra alors définir de « très graphique » le style du jeune designer.

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Helena Denize

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Helena Denize s’accapare tout ce qui est proche de la nature, sauvage et native american (allez voir son Pinterest pour mieux appréhender son univers). Elle utilise essentiellement la peau qu’elle marie avec des stripes tricolores formant des V ou des chevrons de couleur flashy apportant ainsi la touche de modernité nécessaire à sa silhouette. À retenir également son travail sur les proportions et le confort, des manches trop longues sur robes courtes, un manteau à très large col, jupes à pans asymétriques, le tout conférant un style très dynamique et chic.

 

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Le Modalogue – Epoque III – Manifesto

Back to school

Chers lectrices, chers lecteurs,

Le Modalogue is back to school, dans ses terres d’origine. Né en 2005 pour alimenter mes étudiants d’alors, il a connu et parcouru ces 8 dernières années maintes voies exaltantes.

Après une période de rodage, un nouveau rythme et de nouvelles rubriques se mettent progressivement en place. Le Modalogue, alors organisme unicellulaire est en pleine hybridation

Des contributeurs passionnés par-delà leur discipline, vont régulièrement intervenir dans ces colonnes. Ils élargiront le spectre de vision du Modalogue et y insuffleront une nouvelle dynamique. Ces contributeurs sont actuellement mes étudiants (ou ex-étudiants) en stylisme de mode.

La ligne éditoriale transversale évoluera alors vers plus de rencontres. Une hybridation vécue non comme un copié-collé mais comme une fusion, un délicat mélange des genres. La mode et le luxe ne tolèrent pas les étroitesses d’esprit et les frilosités.

Le Modalogue utilisera toujours la mode comme un objectif photographique permettant de se pencher sur des thèmes culturels plus larges. Ce retour aux sources symbolique est prétexte à retrouver un ton singulier et libre.

La bio des membres ici

Affectueusement,

Christian Poulot

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