Un workshop avec Geneviève Sevin-Doering

Notre-Dame de la Garde,

À la recherche d’anciennes photos sur un voyage effectué au Kenya (que je n’ai pas trouvé d’ailleurs) j’ai mis la main sur ces photos réalisés il y a dix ans.

Sous le soleil écrasant de l’été, j’allais passer quelques jours près de chez moi, en terre marseillaise auprès de afin de suivre une formation à sa technique particulière de coupe en un seul morceau. Le vêtement à couture tournante.

Voici quelques photos (argentiques), scannées, de ce workshop.


Geneviève au sein de son joyeux capharaüm.


L’entrée de l’atelier-domicile

Ci-dessous, ressemblant à des blasons, des papillons ou un test de Rorschach, les patrons des costumes d’une pièce de théâtre, chacun appartenant à une famille. De haut en bas et de gauche à droite: famille du Collant, famille de la Couture, famille de la Fente, famille du Combiné, famille du Rectangle et famille Dufilho (!)


L’atelier, ancien entrepôt des galères de Louis XIV, est plongé dans un certaine obscurité et se prolonge tel un dédale.

Avec Geneviève, qui est au cours des ans est devenue aveugle, on épingle les toiles à-même le sol, c’est le geste qui prime…

Les mannequins couture et les housses blanches suspendues aux portants sont comme des fantômes qui peupleraient les coulisses d’un opéra…

On travaille aussi sur des mannequins aux proportions inhabituelles…

En fait Geneviève est une rebelle. Sur cette photo elle est à mi-chemin entre Lou Reed et Louise Bourgeois vous ne trouvez-pas ?

Sa technique de coupe a rencontré beaucoup de réticences, peu compatible, sans doute, avec les contraintes de fabrication en nombre. Le caractère bien trempé de la dame y est aussi, à mon avis, pour quelque chose.

Le théâtre, le costume de scène fait sur-mesure pour un acteur est naturellement un domaine où sa technique « enveloppante », qui se moule sur le corps, trouve son lieu d’expression, tout comme la confection pour une clientèle privée (parmi laquelle on trouve ). À partir de 1969, elle se consacrera à développer uniquement cette technique. [maj] À la recherche du vêtement « parfait », celui qui laisse le plus de liberté au mouvement.

Le prêt-à-porter est resté hermétique à son savoir faire, ce qui ne la prive pas d’avoir des admirateurs (Élisabeth de Senneville, que j’ai croisé à l’atelier) et de nombreux disciples (dont et Fred Sathal). Il y a quelques années la marque de jean Levi’s a créé un modèle dit à « couture tournante » le Twisted jean, j’avais alors, immédiatement pensé à Geneviève.

Que reste-t-il de son savoir-faire et comment exploiter sa technique aujourd’hui? [maj] Aux dernières nouvelles, sa fille se charge de l’enseignement de sa technique. Fred Sathal ne défile plus pour la couture parisienne depuis des années. Le luxe, le show-business où règnent des vêtements d’exception seraient-ils un terrain propice?

Une modélisation 3D de ces patrons seraient très instructif, à l’image de ce que l’on voit ici. Geneviève Sevin-Doering serait-elle une Madeleine Vionnet restée dans l’œuf?

Pour en savoir plus

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Billets en relation:

    Geneviève Sevin-Doering - Devon, Paolo et le Vogue Italie… - La saga John Galliano - Promenade du samedi - Louis XIII, longue vie au roi ! -

8 Responses to “Un workshop avec Geneviève Sevin-Doering”


  • c’était très intéressant!! j’espère que sa technique va perdurer et la dame a l’air d’etre un personnage. sais tu ce qu’elle est devenue depuis ton atelier?

    http://www.iletaitunefoisundressing.com/

  • Merci. J’ai mis à jour le billet ([maj]). Sa fille s’occupe de diffuser sa technique, je n’en sais pas plus pour l’instant.

  • Billet passionnant même si je ne comprends pas tout Cette technique a l’air très intéressante, mais je ne saisis pas tout. Il y a déjà des techniques pour faire des cols / revers sans couture, pris dans le tissu qui fait le devant de la chemise ou de la veste ou pour remplacer la couture de l’épaule par un pli non cousu (j’avais vu cela sur de très beaux vêtements quand j’étais chez Lecoanet Hémant mais cela demandait évidemment un travail important).

    De nos jours, on peut automatiser presque tous les gestes, tous les mouvements, donc industrialiser la plupart des techniques ! Les modélistes sont aussi de plus en plus compétents ! Peut-être est-ce là un espoir pour cette technique ?

    Je me demande comment on peut travailler sur quelque chose d’éminemment visuel quand on est aveugle, ceci dit – très impressionnant !

    http://davidikus.blogspot.com/

    PS. Les photos ne sont pas du Kenya ? si ? J’aurais dit Marseille.

  • @ Davidikus: Col et revers sans couture c’est une chose. Ici il s’agit de l’appliquer à l’ensemble du vêtement, d’avoir, par exemple et pour faire simple, une seule couture qui partirait de la cheville et se terminerait au niveau du cou en ayant pris soin de passer autour des jambes, des bras, etc. D’où le terme de « couture tournante ».

    Cela pose des problèmes dans la mesure où le patron est constitué d’un seul morceau de tissu. On est donc très loin de l’optimisation industrielle et économique. C’est un modèle qui, selon moi, ne peut satisfaire qu’une clientèle de particuliers, le théâtre, la Couture, etc… Ou alors il faudrait envisager des compromis.

    Je peux t’affirmer quelle travaillait tout au toucher, les épingles, les tissus qui se superposent, etc.
    Quant aux photos, of course, il s’agit bien de Marseille.
    Merci

  • Merci pour ta réponse, que je viens juste de voir. Je comprends mieux maintenant. Il y a sans doute de la place pour cette technique même si, comme beaucoup, il faudrait peut-être la retravailler en partie, ou en limiter un peu l’application pour l’utiliser à grande échelle. (Regarde ce qui est fait avec Pleats Please.) J’ai longtemps eu un pantalon sur ce principe, sauf que le bandeau de taille est bien fait d’une pièce séparée (ce qui n’était pas indispensable : on avait repatronné le pantalon en incorporant ce bandeau – sans aller jusqu’au modèle abouti, on avait fait une « toile » qui fonctionnait bien même si on avait eu de la difficulté à trouver le bon « droit fil » sur toute la hauteur : pour des jambes très longues, il était presque introuvable – d’où sans doute le choix fait à l’origine de séparer le bandeau de taille).

    Certaines techniques, je pense à plusieurs utilisées en Haute Couture, se transforment, au moins en partie, lors du processus d’industrialisation. C’est la disruption créatrice à l’oeuvre encore une fois !

  • Je pense que le caractère de la dame y est pour beaucoup, peut-être n’a-t-elle pas su « s’entendre » avec les industriels?
    Quand on observe les nouveaux volumes proposés en mode masculine (et féminine), des formes enveloppantes, détachées du corps, je me dit que la technique de GSD y trouverait un champ d’application intéressant auprès de la jeune garde.

  • merci pour cet article, j’avais déjà entendu parler de cette dame mais n’avais pas trouvé de liens

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