Interview : une matinée avec Jérôme Dreyfuss

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Quelques années après avoir partagé (à un an d’intervalle) la même école de mode, j’ai eu l’occasion de retrouver Jérôme Dreyfuss. L’homme n’a pas changé, toujours la même décontraction apparente, le sourire et un bon accueil.

Retrouvailles et interview au sein de son showroom parisien, un espace sis dans le XIe arrondissement où batifolent Billy, Francky, Twee et leurs amis sacs, soit environ « cent sacs au mètre carré »…

L’interview se concentre sur deux thèmes. Le premier, traite du label Agricouture lancé par le créateur en 2006 et qui s’ancre parfaitement dans la révolution « Slow », favorisant l’artisanat local et la recherche de la qualité, pour un produit avec une âme, l’anti fast-fashion. La seconde partie (billet suivant) est axée sur ses rapports avec la mode, les blogs et un hypothétique retour dans l’habillement.

A few years after sharing (one year apart) the same fashion school, I had the opportunity to meet Jerome Dreyfuss for an interview. The man has not changed, always the same apparent relaxation, home simple and straightforward. Homecoming and interview in his showroom, a space located in the eleventh district of Paris where Billy, Francky, Francky, Twee, and the other bags (approximately ten bags per square meter) enough to make all these crazy ladies …

The interview focuses on two themes. The first, developed today, deals with the Agricouture label launched by the designer in 2006 and well anchored in the Slow revolution, promoting local crafts and the pursuit of quality for a product with a soul, the anti fast-fashion. The second part (published tomorrow) is more focused on his relationship with fashion, blogs and a hypothetical return to the clothing business.

Retranscription de l’interview (french text version)

Parle-nous du label Agricouture. Qu’est-ce que c’est exactement?

C’est un peu compliqué. Agricouture est un engagement que j’ai pris envers mes clients. Je leur donne la garantie que les animaux que nous utilisons proviennent de la terre où ils vivent libres, ce qui est quelque chose de vraiment important. Ils ne vivent pas enfermés. Ils peuvent courir dehors, manger normalement. Je garantis aux clients que nous faisons le maximum pour éviter d’utiliser des produits chimiques lorsque l’on tanne la peau. Nous garantissons aussi que l’eau utilisée pour tanner la peau est recyclée ce qui est très important. Les choses ont changé en dix ans, quand j’ai commencé à travailler le cuir toutes les usines ne recyclaient pas l’eau. En 2012, je pense qu’ils seront tous obligés de le faire. Au début, aucune d’entre elles ne le faisait et il était difficile de trouver des usines qui souhaitaient recycler l’eau et ne pas rejeter la pollution hors de l’usine. Fondamentalement, c’est la garantie que je donne à mes clients.

Où fais-tu fabriquer tes sacs? Dans une petite usine, dans un « atelier »?

Je ne travaille que dans de très petites usines en Belgique, au Maroc, en Tunisie, au Portugal et en Espagne. Malheureusement pour nous, toutes ces industries ont disparus en France. Je travaille avec des petits « ateliers » et – comme j’aime à le répéter – avec quelques vieux artisans qui connaissent vraiment le travail. J’aime collaborer avec ces personnes car j’apprends beaucoup avec eux. C’est important de continuer à travailler avec ces petites entreprises pour d’apprendre d’eux, et qu’il puissent transmettre leurs connaissances à d’autres. C’est vraiment ce qui fait le luxe français, donc je pense que mon rôle est de travailler de cette façon.

Sais-tu pourquoi les marques haut de gamme (à l’exception de quelques-uns) ou encore les marques de grande distribution ne communiquent pas sur le « bio »? Penses-tu que cela aurait une réelle incidence si certains grands noms indiquaient la voie.

Je pense. Je ne suis pas sûr qu’ils vont communiquer à ce sujet, mais je suis sûr qu’ils le feront un jour parce ils seront obligés de le faire. Nous allons avoir des lois pour obliger les gens à travailler avec des produits propres. Donc, tout le monde va s’y mettre lentement. Les gens continuent à me parler d’agricouture, apparemment j’ai été l’un des premiers à utiliser ces matériaux et ces techniques. Maintenant, je vois quand je voyage je vois d’autres entreprises qui utilisent aussi ce type de produits, ce que je trouve bien. Je ne veux pas être le seul à le faire. J’espère que tout le monde suivra. Je suis sûr que les grandes entreprises s’y mettront aussi, mais pour elles cela exige beaucoup d’organisation et de modifications des usines, ce qui prend du temps. C’est plus facile pour moi parce que j’ai une entreprise plus petite.

A propos de la création, quand nous parlons de bio attitude, les gens pensent encore à quelque chose d’ennuyeux : couleurs fades, formes pauvres, etc. Mais ce n’est certainement pas ton cas, tes sacs ont de nombreux détails, qui semblent être très réfléchis. Comment crées-tu un nouveau sac, où trouves-tu l’inspiration?

Je trouve l’inspiration en regardant ma femme et mes amis. Je m’intéresse à l’architecture des années 30 aux années 60. Je suis surpris par des gens comme Noguchi, George Nelson, ou Jean Prouvé. Ces gens ont essayé de fabriquer des meubles pour le grand public. Ils ont essayé de faire en sorte que tout soit pratique et facile, c’était un peu les débuts des meubles slow. L’objet doit être pratique et bon marché. Je suis épaté par ces designers. Quand je crée un sac, je pense toujours à ce que ma femme et mes amis mettraient dedans. Je le fais en fonction de ce dont ils ont besoin de mettre l’intérieur. C’est pourquoi il y a beaucoup de poches et toujours une petite lampe à l’intérieur. J’essaie de rendre la vie des femmes plus facile, ce qui est vraiment très dur!

Tu ne sembles pas être sous l’influence des tendances.

Non, je ne m’intéresse pas vraiment à la mode. Avant je m’y intéressais plus, j’en rêvais. Mais je ne pense pas qu’elle soit créative aujourd’hui. Il ne se passe pas grand chose dans le monde de la mode aujourd’hui. C’est devenu un gros business et je ne suis pas intéressé ni par Madonna, ni par Mariah Carey, ni par le reste.

Plus maintenant ?

Plus maintenant. Je l’étais quand j’avais 20 ans, aujourd’hui j’ai 30 ans et je ne suis plus du tout fasciné par ces gens. Ce ne sont pas de vraies personnes, tout est faux, les seins sont faux, leur bouche est fausse, leur voix est fausse. Je préfère les choses réelles. Je travaille beaucoup avec des jeunes artistes. J’ai une bande d’amis qui sont peintres ou artistes. Ils sont plus créatifs que quiconque dans la mode, et ils m’inspirent beaucoup. Ils n’ont pas la pression que nous avons dans la mode, où nous avons tous besoin d’être dans la tendance, bla bla bla, et toutes ces choses stupides. Je me fiche de tout ça. Je préfère me recentrer sur mes émotions et essayer simplement de séduire les femmes.

(Suite demain)

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À lire (read more)
Sur Buzz2Luxe, la tendance Slow
Sur Cubed.tv, le Slow Manifesto
Le site de Jérôme Dreyfuss

Big up à Alex Very pour le montage vidéo, Katja Graisse et Céline Bastière pour la retranscription en français de l’interview.

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