Respectueux des codes du costume masculin, Kris Van Assche en détourne les détails pour proposer des tenues d’une étonnante modernité évitant toute forme de déguisement. Chef de file de la mode masculine, Kris Van Assche nous livre ici ses impressions sur la beauté, le statut de créateur de mode, ses influences et les nouveaux médias. Les organisateurs du Festival de la Photographie et de la Mode d’Hyères ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en le nommant président du jury de l’édition 2009.

Vous êtes un jeune créateur responsable de la direction artistique d’une des plus prestigieuse maison de couture. N’est-ce pas trop difficile à porter? Quels conseils donneriez-vous à un jeune créateur qui veut débuter dans la profession?

Il faut revenir sur l’ensemble de mon parcours pour comprendre mon cheminement jusqu’à cette fonction au sein de la maison Dior. J’ai tout d’abord été le plus jeune diplômé de l’Académie Royale d’Anvers, puis j’ai effectué ma première expérience professionnelle chez Yves Saint Laurent pour la ligne Homme. J’ai ensuite rejoint Dior Homme que j’ai quitté pour fonder ma propre ligne puis finalement retrouvé pour en diriger la ligne masculine… Tout s’est passé relativement vite, sans temps mort. J’ai cependant vécu cette période intense avec beaucoup d’interrogations. Je savais ce que je voulais même si je n’avais aucune certitude quant à l’aboutissmenet de mes rêves… Il faut avoir à la fois de le achance mais aussi faire preuve de courage, d’un travail acharné et d’une concentration à toute épreuve. Il faut écouter les conseils mais ne pas être frileux. Alors, si je me permettais de donner un conseil à ceux qui veulent se lancer dans l’aventure, ce serait d’être fou et rigoureux à la fois.

A l’image de certains créateurs comme Karl Lagerfeld, créateur de mode, photographe et depuis peu réalisateur de court-métrage, éprouvez-vous le besoin de vous exprimer dans d’autres domaines artistiques?

Effectivement, je m’intéresse à l’art en général. Je me suis déjà  impliqué dans de nombreuses expositions, en particulier dans de nombreuses expositions, en particulier au sein de la galerie de Barbara Polla « Analix Forever » pour qui j’ai créé plusieurs installations: « Handsome » En 2006, « Working Men » En 2008. Nous avons d’ailleurs d’autres projets en cours. La photo tient également une place privilégiée dans ma vie. Ma contribution en tant que rédacteur en chef au A Magazine a été l’occasion de montrer quelques uns de mes clichés de voyages et de réunir des artistes qui représentent une influence dans mon univers, comme Nan Goldin, Jeff Burton ou Sarah Moon.

Etes-vous d’accord avec cette phrase : «Un créateur aujourd’hui doit pouvoir répondre à tout »?

Oui et non. Oui, car il nous faut être beaucoup plus polyvalents qu’auparavent, plus ouverts, plus « poreux » au monde qui nous entoure. Et non, car il est absolument ridicule et présomptueux de demander à un créateur de mode d’être omniscient et omnipotent. C’est totalement déplacé et vaniteux. Restons à notre place.

Ce qui touche beaucoup dans vos créations c’est la dimension poétique et une très grande sensibilité. Comment définiriez-vous la beauté?

Ma quête reste toujours la même. Celle d’une élégance radicale. Il faut qu’elle soit moderne et sensible, tout en traduisant l’énergie de notre époque. La beauté est un état de grâce, une noblesse naturelle sans caricature ni posture.

Dans le dernier défilé Dior Homme, il y a un pantalon coupe «baggy» avec une large ceinture repliée, comportant une poche plaquée au dos et une martingale au côté. Ce mix du sportswear et des attributs classiques du costume masculin semblent définir votre style.

Je souhaite revisiter les classiques, les bousculer pour atteindre une véritable modernité. Je souhaite revisiter les classiques, les bousculer pour atteindre une véritable modernité. Il ne s’agit pourtant pas de déguiser les hommes, de les caricaturer. Je m’attache donc aux détails, aux décalages. Le costume est comme une figure imposée qu’il faut maîtriser à tout prix pour mieux le faire « muter ». Tout doit se passer dans les glissements, sans que cela soit brutal ou défigurant. La subtilité réside là, dans ce carrefour d’influences.

J’ai trouvé dans vos collections personnelles et également dans la dernière pour Dior Homme des rapprochements avec l’esthétique du cinéma expressionniste (les angles, le noir et le blanc, etc.), quelles sont vos principales sources d’influence?

Cela varie énormément. La peinture flamande comme les photos de Desire Dolron peuvent être une piste de départ pour une collection. La musique électro de Justice peut en être une autre. Films, musiques, rue, tout m’inspire et me nourrit. Une collection résulte souvent d’une mosaïque d’influences quotidiennes (mon entourage proche) ou exceptionnelles (expos, créations diverses).

La mode Homme a beaucoup évolué ces dernières années. Comment définiriez-vous (en quelques termes choisis) l’homme occidental contemporain?

Il est plus complexe et subtil dans son désir de mode. Il est réconcilié avec l’idée d’élégance mais ne veut pas pour autant être apprété. Il est sophistiqué mais sans contraintes, moderne mais en refusant le déguisement d’une « Fashion Victim ». Il a trouvé un équilibre en somme…

Le chapeau est un accessoire oublié depuis longtemps. Il semble que vous ayez une affinité particulière avec cet accessoire. Est-ce un accessoire susceptible de faire son apparition chez Dior Homme?

Le chapeau est un accessoire intemporel, qui dépasse toute notion de nostalgie. Il est la signature d’une élégance radicale, assumée. En même temps, il est toujours très moderne, plébiscité par les plus jeunes. Il ne cesse de concrétiser cette nouvelle masculinité, très sophistiquée sans pour autant verser dans le déguisement. Je l’utilise souvent, mais pas systématiquement. Je l’ai mis en scène sous toutes ses formes au Pitti Uomo dont j’étais l’invité en 2007, au coeur d’une installation nommée « Desire ». Le chapeau est pour moi autant un symbole et un objet de recherche qu’un accessoire du quotidien, actuel et indémodable.

Internet vous influence t-il, y trouvez vous des sources d’inspiration?

Internet est un outil quotidien, complémentaire des autres supports. En ce sens, il participe à un ensemble, facilite l’accès à certains documents. Internet n’es pas mon seul outil de connaissance et de recherche mais je ne saurais pas m’en passer.

Pensez-vous qu’internet va modifier le rapport que nous avons avec la mode, les créateurs et les marques?

Peut-être, je ne suis pas assez visionnaire sur ce sujet pour faire des prévisions. Ce qu’il y a de certain avec Internet, c’est qu’il modifie l’accès au luxe et même à l’hyperluxe. C’est réellement une véritable révolution. Toutes les grandes maisons vendent en ligne aujourd’hui alors qu’il y a quelques années à peine cela aurait semblé être une hérésie…

Avez-vous des projets futurs?

Mon futur est largement organisé par le rythme des collections: deux pour Dior Homme, deux pour KVA Homme et deux pour KVA Femme. Il ne me reste que peu de temps pour le reste. J’ai quand même pu libérer mon agenda pour prédiser le prochain Festival d’Hyères en avril prochain. C’est une mission très importante à mes yeux. — Lire aussi Résumé du défilé Dior Homme Kris Van Assche, l’homme fleur Dis Hedi quand reviendras-tu ?

A propos de l'auteur

Christian Poulot

Editor-in-chief and founder | Fashion design, Digital fashion creation, Media for fashion & Digital Culture lecturer | Fashion & Graphic designer

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