Voila longtemps que je voulais écrire un billet pour vous présenter les toiles de Terry Rodgers. Ces jeunes gens mis en scène de façon quasi-photographique appartiennent à n’en pas douter à l’upper class, ils sont beaux, jeunes, multi-ethnique, riches et blasés, des personnages de cire dont le regard ne se croise jamais…

language of our eyes, 2007

screening room, 2006

standing watch, 2007
Ce qui m’intéresse ici ce n’est pas le style figuratif du peintre mais plutôt le côté so fashion decadent de ces parties fines se déroulant dans des intérieurs feutrés oscillants entre un style « à la palais de Venise » et une Nouvelle-Angleterre en plein relâchement. Car, à n’en pas douter ces happy fews ne laissent tomber que des vêtements et des objets de parure de créateurs. En regardant ces toiles je ne peux m’empêcher d’y voir des déshabillés La Perla, des culottes Agent Provocateur, des robes Prada, des colliers Erickson Beamon, des caleçons Emporio Armani portés par des mannequins sortis tout droit d’une pub Calvin Klein, des bijoux Heart de Swarovski ou Chanel, des chemises Dolce & Gabbana, des fourrures, des tulles fins et précieux, des soies.
Un peu porno et très chic.
Un tohu-bohu sexuel qui n’est pas sans rappeler la dernière campagne Pirates et Season of the witch d’Agent Provocateur, à la différence que la luxure pour la maison créée par Joe Corre est festive et parodique, la présence de spectateurs dans la seconde photo y ajoutant même une dimension théâtrale.

pirates

season of the witch ou l’excentricité britannique au service de l’orgie.
On assiste donc à une mise-en-scène chez la marque du fils de Vivienne Westwood, on y entend les rires, les cris et les hourras. Au contraire, nous sommes des acteurs (présents dans la scène) dans la peinture de l’américain, on y entend les râles et les soupirs, le bruissement des perles et des étoffes.
Sur le thème de la luxure et du luxe je vous invite à visiter le très beau site de Coco de Mer, autre enseigne britannique, un peu néo-baroque, de lingerie érotique de luxe.
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Christian, j’aime quand tu lâches la bride comme aujourd’hui ! Sur Terry Rodgers, effectivement tout est plastiquement idéal mais ce qui se dégage avant tout de ses toiles pour moi, c’est l’ennui, la lassitude d’un mode de vie factice qui est encore renforcé par l’absence d’échange de regards que tu soulignes à très juste titre. Elles sont tristes ces icones et ne me font pas bander.
Pour la campagne agent provocateur, comment ne pas penser à un Jérôme Bosch luxueux, érotique et raffiné avec une jolie pointe d’humour. Parfait.
ce qui est intéressant, avec les toiles de Terry Rodgers, c’est le travail de peintre, et ce discours presque involontaire sur la peinture de nus, la grande tradition. il est clair que chaque personnage est dans un espace et un temps différent des autres. chaque modèle a posé seul(e) (ou bien le peintre travaille à partir de photographies), et le travail du peintre a consisté à reconstituer les scènes de ses propres fantasmes (ou narration, puisqu’il semble vouloir, raconter des histoires, voir les titres). ces images ne sont pas totalement érotiques, parce qu’il n’y a pas d’interactions ni entre les regards (oui, bien vu! merci!), ni entre les corps. des regards « obliques », qui pourraient être lus comme fuyants, sont beaucoup moins érotiques que celui de cette jeune femme, franchement braqué sur le spectateur, dans l’image de Coco de Mer… ce sont des nus, contemporains, donc avec de la mode, mais des nus tout de même. ce sont des collages/montages picturaux de nus. le spectateur, piégé dans ses associations d’idées, se « monte des films » érotiques, sans en avoir la moindre saveur…. malin! et artistique.
@ Thierry : à propos de lâchage de bride, si tu savais…
@ mekameta : tu as raison d’insister sur le fait que les peintures de Terry Rodgers ne sont pas totalement érotiques, c’est pour cela que je dis un « peu » porno et « très » chic. Note également qu’il y a très peu de corps dénudés, voire entièrement nus. L’accumulation des corps ne suffit pas à en faire une image subversive, si tant est que le nu soit suversif de nos jours…
Le travail du peintre est d’une précision chirurgicale, la figuration reste une approche fanstastique de la peinture. Sinon en voyant ces tableaux je pense aussi à un peintre des années 70-80 (figuration et nudité, gros plan de lingerie, poitrine, fesses…) dont j’ai oublié le nom mais connaissant ta culture tu le retrouveras facilement et plus près de nous, cela me fait aussi penser au rendu graphique de Harbermacher.
D’un point de vu moral, je me demande si c’est bien ou pas d’utiliser ce genre d’images pour la publicité, les corps dénudés ok, on connait tous, mais les parties fines… je crois que D&G ont eu des problèmes à cause de çà ?
Comme à chaque fois un sujet intéressant. @ +++