Tout était plus simple avant (maj 24.11)

Combien de fois n’ai-je entendu ces mots ? Moi-même je les ai prononcés plus d’une fois, sans trop y croire bien évidemment. Chaque époque connaît ses bouleversements, ses changements n’est-ce pas ?
C’est ainsi que parfois on envie de tout envoyer en l’air, de retrouver des sensations plus vraies (traire des chèvres dans le Larzac par exemple), vivre des passions simples, plus proches de la nature.

La mode est le miroir idéal de nos comportements de ce côté-ci de la planète et bien entendu, en cette période frileuse à plus d’un titre, ce désir de retour à la mère-nature est fort présent dans les campagnes de communication de certaines marques cette saison.
Mettons de côté la go green attitude qui n’est pas une tendance mais un passage obligé à moyen-court terme pour l’industrie, de côté également certains créateurs comme Stella Mc Cartney, Kenzo où la nature fait partie de l’ADN de la marque.
Point de robe de bure, ni de sandales en corde, point de tendance Amish chez les autres créateurs, ici le retour à la nature est ostentatoire.  Broderies, boutons dorés, col en fourrure, nœuds, franges sont nécessaires pour un séjour dans la grande maison familiale ou pour se retrouver entre amis dans la campagne, un nomadisme chic entre folk luxueux et un classicisme théâtral.

Un retour à la simplicité mais avec tout nos atours, délicieux paradoxe, parfaitement assumé.

Gucci AW2008-2009, par Inez van Lamsweerde and Vinoodh Matadin


danse chamanique entre amis, ce week-end, à la campagne.
(Gucci AW2008-2009, par Inez van Lamsweerde and Vinoodh Matadin).


The good ol’ days (vous noterez les arrière-plan peu engageants) : les couleurs, les imprimés
et les accessoires claquent pour signifier la chaleur du temps retrouvé. La famille se regroupe
autour de trois générations, parmi les poules, les labradors et les chevaux…

Not only humans, but animals too

Dès lors, l’ensemble de nos instincts se réveillent, l’envie de grimper aux arbres, de s’allonger à même la terre mouillée. Tout comme nous l’ont signifié récemment les campagnes d’Aigle et de Wrangler nous ne sommes, après tout, que des animaux.


pour la réintroduction de l’homme dans la nature, Aigle.


we are animals, Wrangler (Mise-à-jour: campagne primée
par le Grand Prix Presse à Cannes le 24 juin 2009)

Dans la vision de notre rapport à la nature ci-dessus, le vêtement est peu ou pas mis en valeur ce qui prime c’est la sensation, le vécu, de l’anti-glamour pur et dur, aux antipodes des campagnes Gucci ou Dolce & Gabbana. Autant j’apprécie la campagne print de Wrangler, autant la vidéo qui réinterprète assez « justement », me semble-t-il, l’activité nocturne de nos amis à quatre pattes peut laisser songeur, oscillant entre l’inquiétant et le morbide (voir ci-dessous).

Image de prévisualisation YouTube

La femme-louve
À l’opposé, les séries photos présentes dans le dernier Numéro, présentent la sublime Stéphanie Seymour en femme-louve ultra-sexy, shootée par Greg Kadel.


Stéphanie Seymour, chimère en veste sans manches en mouton retourné (Dolce & Gabbana), bijoux d’ongles-griffes de chez Bijules NYC et une voilette surmontée de précieuses plumes par Noel Stewart.

La femme primitive

veste en renard de la maison Louis Vuitton et collier d’ossement d’Erik Haley, pour une Lucy des temps modernes.

La femme élémentaire

ou encore la femme-zèbre chez notre Jean-Paul Gaultier national

voire même en pintade de luxe chez Ralph Lauren…


Simplicité ?

On le voit le désir de simplicité par un retour à la nature, est interprété de diverses façons. Tantôt radicale anti-glamour et anti-consumériste, au point de dérouter ; tantôt festive (arrogante ?).

En ces temps incertains, dans nos sociétés qui se complexifient, où l’envie d’appuyer sur pause se fait sentir, le vêtement doit-il se parer de tous les atours ou au contraire créer des silhouettes basiques et sobres ?

En privilégiant la voix et le piano, PJ Harvey à créé l’an dernier avec White Chalk, un album dépouillé de tout superflu, rèche même, d’une émouvante sensibilité et d’une haute exigence. Pour autant a-t-on envie de ressembler à miss Polly Jean Harvey sur la pochette de son cédé ?


White Chalk, à découvrir ici

Peut-on imaginer, comme la chanteuse l’a fait avec sa musique, un retour à certains fondamentaux dans la mode ? Non pas un retour du courant minimaliste des années quatre-vingt d’Ann Demeulmeester ou d’Helmut Lang, mais un courant ou un créateur qui arriverait a synthétiser les paradoxes de notre époque.

Comme en musique électronique, une tendance low-fi va-t-elle apparaître dans la mode ? Une tendance qui créerait des vêtements d’aujourd’hui et de demain avec des tissus et des accessoires de récupération, par exemple.

De l’omnipotent LVMH à la discrète maison Hermès, du vintage chic de  Didier Ludot aux modèles contemporains de netaporter.com, la mode est comme notre époque, multipolaire, fragmentée, hystérique, en plein mash-up. Redéfinir simplement certaines directions et certaines prises de position aiderait sans doute à y voir plus clair.


Pour compléter ce billet, je vous conseille de lire :
Le catalogue du salon Maison et Objets consacré à la Simplicité dans le design.

De la simplicité par John Maeda, THE book d’un grand monsieur du design transversal où l’on apprend à aller à l’essentiel, à ne pas mésestimer les émotions et où il énonce ses dix lois de la simplicité.

De la simplicité, sur Amazon

Mise-à-jour du 24.11 : Le sujet est développé par Audrey aka Mekameta ici

Share the love ! Vous avez aimé ce billet ? Partagez-le !
  • Facebook
  • Twitter
  • del.icio.us
  • Netvibes
  • Wikio FR
  • Posterous
  • StumbleUpon
  • Technorati
  • PDF
  • email

Billets en relation:

  1. et si le vrai luxe c’était l’espace ?
  2. Tout est bon pour vendre…
  3. Tout l’Officiel online

This entry was posted in Décryptage and tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink. Post a comment or leave a trackback: Trackback URL.

9 commentaires

  1. Déposé 20 novembre 2008 à 13:33 | Permalien

    Hypra complet et intéressant comme à chaque fois. Pour Wrangler, je trouve que la campagne video va un peu trop loin et j’aime beaucoup ton expression pintade de luxe…
    @ +++

    Ps : je sais ce commentaire ne fait pas avancer le débat !

  2. Déposé 21 novembre 2008 à 10:40 | Permalien

    contrairement à Pierre-Jean, je trouve que la vidéo Wrangler est absolument parfaite. il y a, dans le sens qu’elle véhicule, toute la place à la poésie, et une réalisation magnifique qui donne comme un souffle d’air à l’imagerie de mode actuelle. on est plus près de Gus Van Sant que de Numéro. savez-vous, par hasard, qui a réalisé cette campagne? dans sa simplicité de ton et de forme, elle est en contraste fort avec ce que tu montres, cher Modalogue, toutes ces marques qui déclarent leur amour de la nature avec une extrême ostentation… c’est ce contraste fort que j’apprécie, et surtout le fait qu’ils aillent « straight to the point », mais en silence!… merci pour ce billet très complet (en effet) et passionnant :))

  3. Déposé 21 novembre 2008 à 11:10 | Permalien

    Superbe et pertinente analyse monsieur le planneur strat. C’est dans les moments d’instabilité et de crise que les « vraies valeurs » refont surface, la nature, le retour aux sources, la simplicité.
    Merci pour ce billet !

  4. Déposé 23 novembre 2008 à 18:52 | Permalien

    Jolie analyse avec cette mise en relations des différentes campagnes. Un grand classique des périodes d’incertitude économique : le simple, le vrai, l’authentique comme autant de valeurs refuges … Avec un peu de surf sur la vague écolo. Pour ma part, je suis fan de la campagne Aigle avec ses visuels plutôt inattendus mais bien trouvés.

  5. Déposé 23 novembre 2008 à 21:53 | Permalien

    @ Catherine : La campagne Aigle à d’ailleurs été récompensé.
    @ James : Tu utilises un mot sensible : « valeurs », il y a tant à dire sur les « valeurs » que véhiculent la mode, mais c’est un autre débat à ouvrir.
    @ mekameta : c’est l’agence FFL (Fred Farid Lambert, ce dernier les a quitté depuis) qui a créé cette campagne. Quant à la dimension « poétique » de la vidéo, tu me le fais remarquer et c’est fort intéressant.

  6. Déposé 23 novembre 2008 à 23:03 | Permalien

    @christian : merci pour l\’information sur l\’agence et pour l\’inspiration! j\’ai écrit un billet au sujet de cette campagne Wrangler, à la suite de la lecture du tien…
    http://mekameta.com j’attends tes commentaires!
    oui, le sujet des « valeurs » véhiculées par la mode est un bien large débat, tant elles sont nombreuses, changeantes et souvent contradictoires…

  7. Déposé 24 novembre 2008 à 10:43 | Permalien

    @ mekameta : va falloir songer à un billet sur les valeurs véhiculées par la mode… Passionnant.

  8. Déposé 24 novembre 2008 à 11:15 | Permalien

    @christian : en effet, passionnant! on en reparlera sérieusement quand on se verra… synchronisons nos montres, et rassemblons nos notes!

  9. Déposé 24 novembre 2008 à 11:19 | Permalien

    et merci pour le trackback!

2 rétroliens.

  1. [...] peut même considérer que la campagne We are animals s’intègre dans une tendance de l’anti-glamour qui débarrasse le vêtement de son image traditionnelle en publicité. Ici, c’est brut, [...]

  2. Par Blue Bell jean | Le Modalogue le 26 novembre 2009 à 17:32

    [...] oubliée quelque part entre les années 70 et 80. Vous vous rappelez la géniale campagne « We are animals » c’était eux ! Cette campagne primée par le Grand Prix Presse à Cannes le 24 juin [...]

Déposer un commentaire

Votre courriel ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Subscribe without commenting


Better Tag Cloud