Palmarès de… Hyères

Prix spécial du Jury : Matthew Cunnington
Prix 1.2.3 – Etam : Jean-Paul Lespagnard
Prix du public : Jean-Paul Lespagnard

Plage de L’Ayguade, où j’ai passé mon enfance, dimanche 18 heures, le soleil est au rendez-vous du point culminant du week-end. Le palmarès du 23e Festival de la Mode et de la Photographie d’Hyères est connu, fin du suspens et beaucoup d’émotions, au point que Michel Malar, DA de la partie photographie du Festival finira par verser une larme à la tribune.

Flashback

En rentrant à mon hôtel vendredi soir, il ne faisait aucun doute pour moi que les réalisations de Jean-Paul Lespagnard, d’Isabelle Steger et Matthew Cunnington allaient se partager les prix. La question était quel prix pour quel créateur ?

Les créations de Jean-Paul Lespagnard, m’ont séduit pour la tornade d’optimisme qu’il a fait souffler sur ces défilés et ces trois jours de festival. Le croiser sur la grande terrasse de la villa Noailles, tout sourire, vous requinque pour la journée tellement il irradie la joie et le plaisir d’être là. Et pourtant l’histoire de sa collection, celle de Jacqueline, vendeuse de « fritkot » (friterie) qui rêve d’épouser un cowboy texan est bien plus qu’une simple blague de potache.

En effet pour Jacqueline il n’y a que deux issues; soit elle réussit sa vie en accomplissant son rêve, soit elle rate sa vie qui se termine alors dans un hôpital psychiatrique, il n’y a pas d’autres possibilités. « Ce parcours en Y, très personnel et très proche, comme me l’a confié le créateur, sera mis en scène lors de prochains défilés.

Et l’humour dans tout çà ? Car pour moi, c’était la partie visible de l’iceberg, celle qui manque cruellement à la Couture ou au Prêt-à-porter. Jean-Paul Lespagnard m’a alors assuré que bien sûr, l’humour faisait heureusement partie de son processus créatif et qu’il était aussi un élément fondamental de son défilé. Ouf !


Perruque et sourire oversize, rayures hypnotiques, robe de serveuse de fritkot revue et corrigée


Robe de fermière à motif tipi d’indien


Viens goûte mes frites ! Détail : le cornet de frites intégré au talon…


Les broderies de ce vêtement aux volumes clownesques ont été réalisés au sein d’un hôpital psychiatrique, par les internés eux-mêmes; afin de garder toute la cohérence du propos cité plus haut.

Un style et un humour qui n’est pas sans me rappeler celui de Walter Van Beirendonck autre belge barbu.

La collection d’Isabelle Steger (Autriche) m’a immédiatement conquis. Un univers très créatif, des silhouettes au graphisme géométrique avec comme bande son une reprise de « Life is life » façon musique militaro-industrielle, oppressante. Inquiétants sont les mannequins dans ces vêtements qui semblent les accabler, avec une démarche rasante comme-ci leur centre de gravité était ramené à 20cm du sol ! Des vêtements de travail disproportionnés comme pour signifier le poids de celui-ci dans nos vies quotidiennes ?

Le grand prix du jury va à la collection de Matthew Cunnington (Royaume-Uni), que j’avais classé troisième dans ma wishlist, pour sa collection monochrome, noire, baptisé Hail Mary.

Des drapés contrariés stoppés net par de larges ceintures drapés, des robes qui coulent sur les silhouettes looongilignes, comme un souvenir dont on aurait du mal à se séparer, qui « colle à la peau ». Ce souvenir c’est celui de sa mère contrainte à abandonner sa fille illégitime et qu’elle ne retrouvera que trente ans plus tard.

Une dernière silhouette en robe ajourée accidentellement par de l’acide, comme rongée par le temps ou le remord et en même temps si délicate. Une robe douce amère, pleine de délicatesse.
Difficile de ne pas être ému à la fin de ce passage.


Bras collés le long du corps comme saisi par la peur, ceinturée taille haute, démarche lente. Tout est retenu, suspendu.


Looongiligne silhouette, vêtue d’une robe qui semble couler sur son corps comme de la poix.


Délicat détail sur ce dos nu

Matthew Cunnington et Jean-Paul Lespagnard ont livré deux collections se situant a priori aux antipodes l’une de l’autre, mais au contenu émotionnel fort et très personnel.

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Art | Marc Turlan


French artist Marc Turlan

Exposition Marc Turlan « Dès lors tout reste à faire » au Moulin-centre d’art à la Valette du Var, pendant le Festival International de la Mode et de la Photographie d’Hyères.

« Dès lors tout reste à faire » (Therefore everything remains to be done) an exhibition by french artist Marc Turlan at Moulin-centre d’art (Valette du Var) during the International Festival of Fashion and Photography of Hyères.

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Die frau-maschine…

… la femme-machine(1)

Du défilé emblématique de Nicolas Ghesquière (photo ci-dessous) où l’on a vu défiler des mannequins en leggings dorés tout droit sortis du Métropolis de Fritz Lang, à certaines campagnes de publicité vues cette saison, se dessine une image de la femme, silhouette mécanique, robotique, digne d’un roman d’anticipation avec tous ses clichés.


Balenciaga, summer/spring 2007, coup de tonnerre sur les podiums


Maria, le robot de Métropolis


Spartiates techno-ethniques, cocon-carapace aux épaules et surpiqures exagérées créent une silhouette futuriste, stricte et structurée, un buste qui n’est pas sans rappeler certains robots japonais (voir ci-dessous)…


The Man-machine, musique de synthèse des robotiques Kraftwerk issu de l’album Die Mensch Maschine (The Man-Machine).

Chez Diesel, les visuels de campagne sont axés sur le thème de la vitesse (référence à la mécanique ?) Live Fast et High speed shopping sont les deux concepts développés cette saison. Les femmes perdent toute humanité dans un monde où tout va trop vite et où l’on doit faire vite, toujours plus vite, tels des machines.

diesel-live-fast
Vous reconnaissez la fiancée de Frankenstein ? Dans un atelier de modélisme transformé pour l’occasion en salle d’opération. À peine recousue, la voici on-the-go !

Chez les jumeaux de DSquared, femmes et hommes font corps avec des crash test dummies.


Tout les fantasmes y passent, sexe et mutation : le mannequin au premier plan simule l’acte sexuel avec un demi-robot ; toutes ces jambes emmêlés se confondent si bien que cette femme de chair et de sang se mue alors en androïde mi-femme mi-robot. Au second plan, la poupée de crash-test est remplacée par une femme.

Les visuels de Miu Miu, marque moins subversive que les deux précédentes, s’inscrivent, à mon avis, dans ce même mouvement.

Kirsten Dunst est une poupée ou une marionnette à fil. Les références à la Commedia dell’arte via les multiples représentations d’Arlequin dans la collection, les jeux d’ombres, le cerceau, nous inscrivent sur une scène entre le théâtre et le cirque, propice aux automates, ancêtre des robots.

Il règne dans toutes ces images une certaine inquiétude, une certaine morbidité. Arlequin dont l’origine ancienne viendrait d’une croyance médiévale, la mesnie Hellequin(*)(*), cortège magique composé de diables et de fantômes, est un personnage des enfers.

Toutes ces références traduisent-elles une peur du lendemain ?

A écouter « Das Modell » (The Model), by Kraftwerk

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Yohji arrive bientôt

La vidéo est de plus en plus utilisée pour présenter les nouvelles collections, après Yves Saint Laurent pour l’Automne-Hiver 2008, voici Yohji Yamamoto, que je viens de découvrir, pour sa nouvelle ligne Coming soon, réalisant ainsi, un beau crossover mode-danse-vidéo.

Présenté par deux danseurs, cette ligne casual sera disponible en juillet dans des boutiques sélectionnées; déjà  styliste pour sa marque éponyme, puis d’Y-3, d’Y’S, travaillant en collaboration avec Mandarina Duck et s’occupant d’une collection de bijoux édité en collaboration avec Mikimoto, le créateur japonais est donc infatiguable !

D’après Keizo Tamoto (président de Yohji Yamamoto), cette ligne, abordable, s’adresse à « ceux qui veulent passer du streetwear à une tenue plus élégante ». Mais aussi à ceux qui « veulent s’habiller sans se soucier du nom du créateur », en effet son nom est absent des vêtements, seul un point noir subsiste (qui sera évidemment immédiatement identifié par les fashionistas…)

logo de Coming Soon

Coming Soon est fabriqué et distribué par Sinv, déjà  partenaire de See by Chloé, Moschino Jeans et Valentino Red. C’est aussi une façon pour le créateur de se frotter au marché des gros volumes(1) en s’écartant de l’expérimental, tout en conservant (on le souhaite) une bonne dose de créativité.

Nous l’avons vu dans les billets précédents les marques de luxe sont enclins autant à monter en gamme qu’à s’adresser à une clientèle plus jeune et moins fortunée.


Videocaps du film

Le site de Coming Soon


(1) 170 pièces pour hommes et 200 pour femme, accessoires non compris !

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Au détour du web…

Deux illustratrices qui exercent leur talent aussi bien dans le domaine de l’édition, du graphisme et de la mode et un retour sur David Downtown et ses recents works.

Natalie Ferstendik…

…dont le style que l’on pourrait qualifier de Néo-art Déco à séduit Le Printemps, Harvey Nichols, les cosmétiques Pout, ainsi que le maroquinier Garrard.


Pout

son book ici

Susan Burghart…

… toujours dans un style rétro emprunt de nostalgie, Susan Burghart à suivit une formation de graphiste avant de basculer dans l’illustration et de travailler pour des clients comme Marie-Claire UK ou WGSN.


pour Marie Claire UK

Une interview à lire ici
Son website par

David Downtown…

Et pour terminer, je vous propose de retourner jeter un œil sur le site de David Downtown, dont j’avais déjà  parlé ici.
David Downtown, recents works


the golden age of couture

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V&R en VR(1)

(1) VR : Acronyme signifiant Virtual Reality (Réalité Virtuelle) –Wikipedia

Le nouveau site des créateurs Viktor & Rolf est en ligne depuis ce matin, l’occasion pour le public de découvrir, ce qui à mon sens, est un des premiers sites d’une marque de mode à refléter l’univers de ses créateurs.

Présenté à la presse et à quelques bloggeurs il y a une dizaine de jours dans un salon privé du VIIIe arrondissement parisien, c’était l’occasion de discuter avec les créatifs de La Chose, concepteurs du site.

Contrairement à « d’habitude », les stylistes Viktor & Rolf se sont réellement impliqués dans le processus de création, hormis le fait d’être présents virtuellement sur le site, ils ont manifesté un réel intérêt lors de la mise-en-œuvre de celui-ci, donnant ainsi au média qu’est le web, la considération qu’il mérite.


Hall d’entrée, cliquez sur la table pour devenir un membre privilégié…


Viktor & Rolf &… les chiens, dans la bibliothèque ; cliquez sur les livres pour accéder aux archives des défilés et à d’autres informations


La parfumerie, la salle de Flower bomb, d’Antidote et des parfums à venir

D’autres créateurs, n’apportent pas (encore) le soin ou l’intérêt qu’il faudrait, à leur communication sur internet, alors que leur communication print (brochures, invitations, etc.) est conforme à leur univers.

Entre le faste, le rêve, l’énergie et parfois la provocation présente sur certains défilés et l’expérience utilisateur procurée par certains sites il y a un gap qui à court terme, peut porter préjudice à leur image de marque.

Un parmi tant d’autres, le site de John Galliano limité à cette homepage

La Chose à fait intervenir les dernières technologies du rich-media, permettant une navigation aisée, intuitive, mais également un architecte pour bâtir ce palais virtuel en 3D aux allées infinies, preuve du soin apporté à la réalisation de l’ensemble. Proportions et rendu des matières sont donc tout à fait conformes à ce que l’on verrait en réalité, une réalité rêvée par les créateurs…

À l’avenir et pour s’adapter aux différents évènements, le palais pourra laisser le marbre pour s’habiller de bois, de métal ou tout autre matière aussi simplement que « l’on change de chaussettes » dixit le DA du site.

On peut ainsi conclure qu’une marque de mode devra réunir les critères suivants afin de réussir son passage sur le web :


Le site de Viktor & Rolf
Merci à Matthieu Lebreton et Blographic

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Adobe Kuler

Il y a quelques dix jours Adobe à mis à disposition la nouvelle mouture de son service Kuler dont j’avais parlé ici.

Ce service gratuit est disponible online sur le site Adobe Labs ou via le module Air qui permet de faire fonctionner des applications écrites en Flash sur le bureau de votre ordinateur.


capture d’écran du service online


capture d’écran du module installable sur le bureau de l’ordinateur.

La grande nouveauté de cette version est que l’on peut uploader des images et en générer une palette de tons, le résultat est paramétrable selon des critères prédéfinis (coloré, sombre, etc.).


Création d’une palette de tons à partir d’une photo (ici le défilé de la promotion 2007 de l’école Mod’Art International).

Un outil que je trouve très utile pour démarrer un travail, une recherche ou pour essayer d’établir des gammes couleurs comme le fait si bien le graphic designer du site Wear Palettes.

À visiter également le site Colour Lovers

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